Patrick Rotman, notre Michael Moore?

Voilà, je viens d'éteindre le poste après avoir attendu la fin du générique. Si j'ai raté le début de "Chirac, le jeune loup", à partir du moment où j'ai zappé sur la chaîne, il n'était plus question de la quitter. Jusqu'au dernier plan, je voulais regarder cet ovni télévisuel.

Il n'est en effet pas dans les habitudes de la télévision française de diffuser ce genre de document sur un chef d'Etat encore en fonction et de surcroît sur le service public. Patrick Rotman a gagné ses galons d'historien télévisuel il y a deux ans déjà avec l'excellent "Eté 44". Certes, Chirac est en fin de règne mais l'audace est assez grande pour mériter d'être soulignée et saluée.

Le travail de Rotman sur l'actuel président de la République peut-il être comparé à celui de Michael Moore? Le rapprochement est vite fait et les similitudes dans le traitement documentaire peu nombreuses. Oui, Patrick Rotman pare son essai de quelques effets de manche pour le rendre plus attractif mais jamais gratuitement, comme ces images insolites et rarement diffusées où l'on voit VGE au micro tandis que derrière lui Chichi lance des oeillades noires ou bien quand il se fait des tartines de pâté… Surtout, à l'inverse du documentariste américain, Patrick Rotman, comme il le dit très bien lui-même dans une interview donnée à Télérama, "suggère plus qu'il n'assène…"

Maintenant quelle est l'utilité d'un tel document pour vous et moi? Rotman, doctorant en histoire politique, réussit-il le pari de faire de la télévision intéressante, intelligente et à portée de la plupart? Son bagage lui permettrait de faire des documentaires pour un sérail d'intellos mais ses précédents succès lui ont ouvert des portes. Alors, le défi est-il relevé?

Sans juger l'homme, parce que nous n'aurons, selon nos convictions personnelles, pas la même opinion, il est important de souligner l'efficacité du document qui nous rappelle ou nous apprend, c'est au choix, comment se passent les choses de l'autre côté de la barrière. Ne nous voilons pas la face, les politiques font passer leurs intérêts avant ceux de la nation. Une fois encore, je ne peux me permettre (mon savoir en la matière est trop restreint…) de dire si c'est sensé ou non, s'il a eu raison ou tort, mais Jacques Chirac, comme nous le remémore Rotman, a incité les militants de son parti à voter pour François Mitterrand au second tour de l'élection de 1981 afin d'avoir le champ libre à droite… EDIFIANT! Le documentaire montre aussi comment quelques années auparavant, Chirac et Giscard se livraient une sorte de guerre froide. Scène très symbolique que celle où VGE, arrivant à son 1er conseil des Ministres en tant que Chef de l'Etat, "oublie" de serrer la main de son sémillant premier ministre…

Le travail de Patrick Rotman met en exergue toutes les manipulations, les coups bas et les trahisons que n'hésitent pas à commettre les hommes politiques pour parvenir au sommet. Il nous rappelle que celui que nous voyons désormais plutôt comme un vieil homme fatigué rua un jour dans les brancards et joua les grands stratèges pour arriver à sa place actuelle. Certains commentaires de ses "camarades" comme de ses adversaires ne sont pas dénués d'ironie.

Le premier épisode s'achève en nuance. Le réalisateur nous interroge sur la personnalité de l'homme politique. Que cache Chirac (et sous-entendu tous ceux qui exercent comme lui des fonctions politiques) sous ses airs d'hyperactif et d'assoiffé de pouvoir?

Patrick Rotman, notre Michael Moore?

A cette question, je décide de répondre non car même s'il ne partage pas les idées politiques de l'actuel président (rappelons qu'il réalisé un documentaire semblable sur François Mitterrand) là où Michael Moore semble vouloir diriger le cheminement de notre pensée, Rotman nous invite à davantage de réflexion…

 

La suite demain…

PS: J'espère que le score d'audience sera à la hauteur et je m'interroge sur les réactions du biographe de la 1ère dame… également patron actuel de France Télévisions…

 

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Auteur : Lzarama

J'aime la mode, les bons restos, les chats mais ici je n'en parlerai pas. Enfin, je crois.

4 réflexions sur « Patrick Rotman, notre Michael Moore? »

  1. Très bon documentaire !Hâte de voir la suite.La narration est claire et limpide.Je n’ai pas pensé à faire un rapprochement avec Michael Moore car ce dernier joue plus dans la cour du docu-divertissement à mon goût. Chez Rotman, le sérieux est de rigueur, ce sont les interviewés qui se laissent parfois aller.. (pour notre plus grand bonheur !)En tout cas, l’ascension de Jacques Chirac en seulement 10 ans est assez incroyable.Même si on n’apprécie pas cette homme, on ne peut pas rester indifférent face à son parcours.

  2. Je vous trouve assez durs avec Michaël Moore, qui à mon avis, pas plus qu’il ne donne dans le divertissement, ne cherche à diriger notre pensée. Au contraire, Moore présente dans ses documentaires des enchaînements logiques à partir de faits qu’il établit  jusqu’à des conclusions claires. Si le contexte est délibérément dépouillé, si on a l’impression que « c’est trop simple » c’est que son travail est justement très abouti. Il ne faut pas chercher la complexité à tout prix, ce peut être le fouilli… Lorsqu’on suit les docu de Moore, je ne crois pas que notre pensée soit dirigée. La sienne, oui, et vers son but. Libre à nous de le suivre ou pas. On peut contester ses axiomes, certains des faits qu’il expose (c’est dur, pourtant), mais pas la logique qu’il suit, même si ses conclusions sont dérangeantes.
    Les fois où j’ai la désagréable impression qu’on veut diriger ma pensée à mon insu, c’est au contraire quand quelqu’un commence par dire des trucs du genre « ne simplifions pas outre-mesure », « analysons finement », au milieu d’un fatras de faits contradictoires, voire non établis, de vérités révélées ou à la mode, et d’intervenants de bords soit-disant opposés, comme cela est la mode à la télé dans ces émissions de débats sur les sujets de société.
    Quant à Chirac, je n’ai pas vu les docus, mais j’ai voté pour lui en 2002 (gloups, quand j’y pense!), et je me console en pensant qu’il a été brillant: à l’oral de l’ENA, un jury de trois personnes lui demande d’entrée de jeu: « Citez-nous un vers de Corneille », et Chirac, du tac-au-tac: « Que voulez-vous qu’il fît contre trois? » (Horace). Cool, non?

  3. Je ne trouve pas le travail de Michael Moore dépouillé dans le sens où au contraire il « décore » ses démonstrations avec des effets de style (cf: le petit dessin animé dans farenheit 9/11 même si je le trouve très juste…) qui me paraissent parfois un peu too much mais je ne parle que de la forme et ne remets pas en question le fond. Je suis bien consciente que c’est aussi une façon pour lui de toucher peut-être un public plus large et c’est très bien comme ça.
    Merci pour cette anecdote en tout les cas et contente que mon billet nous donne des occasions de débattre, après tout le blog est fait pour ça…

  4. je suis d’accord avec Rodger, ce documentaire me parait très juste et nous donne un constat su parcours de Jacques Chirac. Quoi qu’il en soit, c’est assez impressionnant la façon dont on peut arriver au pouvoir.

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