Distortion temporelle

Ce qui est bien lorsqu'on se retrouve entre amateurs forcés de café lyophilisé autour de l'un des totems de l'entreprise, j'ai nommé la machine qui le prépare, c'est que l'on peut sans complexe se laisser aller à une conversation convenue. Ce pseudo-moment de convivialité en lui-même l'est d'ailleurs, pourquoi les paroles échangées ne le seraient-elles pas ? Personne ne vous tiendra rigueur de ne pas vous révéler  un brillant orateur ou un esprit spitirtuel dès 9h le lundi matin et c'est déjà là une grâce dont on ne mesure sans doute pas assez la portée.

Néanmoins parfois, dans un océan de mots faciles et de phrases prémâchées ("et toi, ton week-end, bien ? Du monde… Oui, trop de monde… Et les enfants ?… Bon… Le temps, oui, ça a été… Ah oui ? Une promenade le dimanche, où ça ?…"), surgit une pensée digne de réflexion. La semaine passée, j'ai retenu l'un de ses moments, en réponse à un geignement de bureau sur la difficulté des temps actuels pour mon service, j'ai entendu "Ce qui est bien avec le temps, c'est qu'il passe".

Cette réplique est restée dans un coin de ma tête ou plutôt elle a rebondi sur plusieurs idées déjà au chaud. Pour ce qui est du fond du problème, rien de nouveau. Oui, le temps passe, il s'écoule inéluctablement. Je voulais m'attarder sur la forme. Et revenir d'ailleurs à ce sujet sur ma précédente note "Bienvenue au club 2008". Le temps s'écoule mais :

– des temps, il en existe plusieurs, tiens, là, tout de go, j'en trouve déjà deux, celui pendant lequel j'écris et celui pendant lequel vous me lisez et pourtant ce sont des temps qui naissent autour de la même chose concrète, un texte.

– le temps existe de manière rationnelle, divisé en siècles, années, mois, semaines, jours, heures, minutes, secondes. Mais le temps vit à travers nos émotions et suspend parfois son vol…

Certaines semaines ne s'écoulent pas assez vite, les jours sont lourds, les minutes s'égrenent péniblement. D'autres heures filent entre nos doigts sans que nous ayons le temps de le réaliser. Et encore d'autres instants, peut-être justement ceux qui sont saturés d'émotion, ceux que nous gardons précieusement dans nos mémoires comme des instants clés, une rencontre, un succès, un départ, perdent toute notion temporelle d'un point de vue individuel. Oui, pour le reste du monde, ils ont une eu une certaine durée. Mais pour nous, la force de leur symbolique les rend indivisibles, irrationnels et éternels.

Je m'interrogeais l'autre jour sur l'utilité de la retranscription d'un moment par écrit. J'ai toujours aimé jouer avec les mots justement pour essayer de revivre des événements personnels phares ou des jours placés sous le signe des émotions. Ils sont figés dans ma mémoire intime et comme s'ils étaient le modèle et moi le sculpteur, j'aime choisir les mots, tourner autour, revivre en écrivant, en tentant chaque fois de toucher au plus près mes souvenirs. 


"Ce qu'il y a de bien avec le temps, c'est qu'il passe…"

Demain, à la machine à café, tenterai-je un "ce qu'il y a de bien avec le temps, c'est qu'il se vit"…?

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Auteur : Lzarama

J'aime la mode, les bons restos, les chats mais ici je n'en parlerai pas. Enfin, je crois.

3 réflexions sur « Distortion temporelle »

  1. [das ist gut] Alors, puisque je suis en train de faire un exposé sur Proust, je ne vois que deux solutions:-soit tu viens de le lire aussi ou tu l’as lu et tu ressasses le thème du temps,-soit c’est moi qui fait une fixation, et je vois Proust partout, même à la machine à café, mais dans ce cas je te conseille de le lire, comme ça tu auras un éclairage intéressant sur la question lol.-soit pas du tout, bien sûr, aussi…

  2. tu ne regardes pas ton facebook on dirait, je lis arlington park où l’approche du temps est intéressante. Jamais lue Proust, je devrais donc… ^^

  3. [c’est top] Avec une mémoire aussi précisé combinée à une grande sensibilité tu es équipée d’un appareil à « memographies » (appelons le comme ça) hyper performant !! C’est moments indivisibles, intemporels (« rencontres succès, départ »…)  c’est je ne sais pas si on peut mieux les qualifier que tu le fais: ils passent tellement vite et tellement lentement à la fois. Je crois que c’est dans ces moments là que le temp devient sinon visible, du moins palpable, tant on le sent se dévider entre nos mains. 

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