Phénomène sensible

Souvent silencieuse à la sortie d'une séance de cinéma, bredouillant quelques phrases confuses après un concert, l'esprit nimbé de brouillard lorsque je referme un livre, je ne suis généralement pas douée, vous l'aurez compris, pour livrer mes impressions à brûle-pourpoint. Peut-être aime-je simplement laisser mes sens être pénétrés tout à fait avant de tirer la moindre conclusion perceptive. Perception : phénomène psychologique qui nous relie au monde sensible par l'intermédiaire de nos sens. Oui, c'est cela, il s'agit ici de perception.

Il y a trois jours maintenant que j'ai achevé la lecture du Goncourt 2007 (avec le train de retard plein de charme qui me sied), Alabama Song, de Gilles Leroy. Je ne suis pas particulièrement adepte des ouvrages prisés, je n'ai suivi que de loin la polémique des Bienveillantes, ne me suis pas penchée sur les Trois jours chez ma mère de Weyergans et si j'ai pu aimer le Soleil des Scorta début 2005, c'est par la grâce d'une amie prêteuse. Mais cette année, j'entends que le Goncourt traite des Fitzgerald alors je me laisse tenter.

L'hiver dernier, j'ai dévoré Tendre est la nuit et à l'automne je me suis régalée de Gatsby le Magnifique (drôle ce champ lexical gourmand) aussi la tentation fut trop grande pour que je puisse y résister.

Me voilà plongée dans ma lecture, découvrant avec une pointe d'effroi à quel point Francis Scott Fitzgerald a mis de lui et de sa vie dans son oeuvre, particulièrement dans Tendre est la nuit. La projection d'un auteur dans ses écrits n'avait rien d'une découverte mais au fil des pages tournées, la question du parallèle entre soi et la fiction créée ne cessait de grandir en moi.

Et puis j'ai fini de lire ce roman. Il ne fallait pas oublier qu'il s'agissait là d'un roman, positionnement clair de Gilles Leroy. Difficile pourtant de ne pas assimiler Alabama Song à une biographie tant l'auteur a réussi à s'introduire dans la peau malheureuse et maudite de Zelda Sayre Fitzgerald.

Je ne savais quoi penser à chaud alors, comme je le fais souvent, je suis allée faire un tour du côté de la critique. Sensibilité extrême, empathie, la majorité s'accorde. Mais il y a une note dissonnante de la part des Inrocks qui accuse l'auteur de misogynie. Je reste pantoise devant cette interprétation qui n'est pas la mienne. En deux lignes, j'ai su décoder ma perception de l'oeuvre.

Quitte à accuser Gilles Leroy de quelque chose, je lui reprocherais de surfer sur la vague de la véri-fiction, de donner dans un registre tellement à la mode à la télévision, d'avoir fait son 11 septembre littéraire en supposant les dessous d'un drame intime.

Mais certainement pas de misogynie, ou d'avoir fait de cette femme tourmentée, aveuglée trop longtemps par sa vanité, une bécasse un rien salope pour reprendre les termes de la journaliste d'un magazine que je lis, Nelly Kaprièlian.

Ce n'est là bien entendu que mon avis personnel. Merci Gilles Leroy puis merci Nelly Kaprièlian, l'un pour m'avoir mise sur le chemin de la perception, l'autre pour m'avoir aidée à la tirer au clair. 

Publicités

Auteur : Lzarama

J'aime la mode, les bons restos, les chats mais ici je n'en parlerai pas. Enfin, je crois.

8 réflexions sur « Phénomène sensible »

  1. Voilà qui est clairement dit ! Finalement la « bonne » perception est peut-être fille d’une lenteur étudiée. Non ?;)

  2. Je l’ai acheté, ce livre, un peu par hasard, il était posé sur le bord du comptoir alors que je passais en caisse, dans une des librairies de mon quartier. Tu m’as rendue très curieuse de le lire, ainsi que Tendre est la Nuit, que je ne connaissais pas. J’ai presque terminé mon livre actuel, aussi je connais maintenant celui que je lirai juste après. ;o)

  3. La lenteur étudiée, ça me plaît bien même si ce n’est sans doute pas une vertu à la mode dans notre monde speed-everything.

  4. Je suis d’accord Lza, parfois les autres sont decus si tu ne leur « ponds » pas un avis, opinion, critique 2 minutes apres la fin de l’oeuvre. J’etais comme toi apres vu Moliere (celui sorti en 07).

  5. A l’instar du slowfood, inventons de nouveaux concepts : le slowdating par exemple, où bien sa version un tantinet plus rapide, le speedslowing ! Il ne se s’agirait pas de décroissance mais juste de prendre son temps…;)

  6. Merci pour cette relecture de l’oeuvre, toute en sensibilité. Je suis moi aussi pour toute forme de slow-quelque chose, dans la mesure où cela nous permette de mieux goûter à la vie.

  7. merci pour ce commentaire. Tu as touché juste avec le slow-quelque chose, moi aussi je le vois comme le moyen de mieux goûter à la vie, d’en savourer davantage les subtilités et de toucher des choses un peu plus vraies.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s