Instant de grâce

Condenser en 55 minutes le destin de Jean Seberg. C'est la mission dont était chargée une boîte de production au service de France 5 dans la série documentaire Les derniers jours d'une icône. Difficile pari un peu raté. Le montage, les raccourcis narratifs étaient malhabiles au mieux, maladroits au pire. Je ne possédais jusqu'alors que de maigres indices sur l'actrice : sa célèbre coupe garçonne, son rôle d'A bout de souffle, sa passion avec Romain Gary.

J'ai découvert un esprit libre emmailloté dès le berceau dans un univers où l'on n'était pas censé l'être. J'ai découvert une dissidente brisée tout au long de son existence. J'ai découvert entre autres une malchanceuse, une incomprise, une fragile.

De ses rôles insipides dans des productions vulgaires à ses prestations plus épaisses au sein de films improbables, Jean Seberg semble avoir habité une vie où elle n'a été nulle part à sa place; son enfance dans l'Iowa conservateur qu'elle quitta dès qu'elle put, ses allers-retours entre les Etats-Unis et la France, ses engagements politiques inconsidérés en terme de dangerosité, ses nombreuses histoires d'amour avec des hommes si différents sont autant de clefs pour montrer que la jolie petite garçonne blonde était en quête d'une identité qu'elle n'a pas su trouver.

Ce qui m'a frappé, ce sont ses photographies où jamais je ne la reconnaissais. Mon premier réflexe fut de mettre cela sur le compte des années cinquante-soixante où les vedettes de cinéma devaient, me semble-t-il, incarner une image si glamour que le recours à de communs artifices faisaient passer toutes les femmes pour les mêmes poupées. Mais au-delà, ce qui est surprenant avec Jean Seberg, c'est à quel point elle viellit rapidement. Morte à quarante ans, son regard, ses expressions sur les clichés de la dernière décennie de sa vie manifestent sans ambage lassitude, épuisement, et de ces chagrins que l'on tente d'effacer mais qui laissent d'indélébiles marques.

La grâce dont sa jeunesse et le hasard l'avaient dotée disparut en une poignée d'années et la fluidité de son allure admirable dans A bout de souffle laissa place à des saccades, des hoquets, des grimaces, révélant à quel point il lui devait être pénible de continuer. Elle perdit l'aisance des mouvements extérieurs et puis après elle perdit la vie.

Le documentaire s'achève sur une de ses fameuses répliques d'A bout de souffle :

"Qu'est-ce que c'est, dégueulasse ?"

 

 

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Auteur : Lzarama

J'aime la mode, les bons restos, les chats mais ici je n'en parlerai pas. Enfin, je crois.

6 réflexions sur « Instant de grâce »

  1. [c’est top] J’ai vu le documentaire aussi. Touchant. J’ai connu Jean Seberg par le biais de Romain Gary, avec son roman sur les Blacks Panthers avec lesquels Jean Seberg était très engagé.Une femme au combien touchante et troublante, virginal dans un de ses premiers rôles Jeanne d’Arc puis rendu immortelle par Godard dans A bout de souffle, en vendeuse du Hérald tribune dans les rues de Paris…..Comme tu le dis, Jeanne Seberg s’est brulée face à la réalité d’un monde brutale qu’elle se refusait d’accepter…… Comme dans une chanson de Gainsbourg on pourrait résumer sa vie à cette phrase:  »Pas long feu dans cette chienne de vie. »Le 8 septembre 1979, après quelques jours de disparition, on retrouvera Jean Seberg morte à l’intérieur d’une Renault 5, sous une couverture.On retrouvera un mot pour son fils où elle explique qu’elle ne tient plus  nerfs….Tu as raison quand tu parles de son visage vieilli, bouffi dans les années 70 où elle tourne dans des productions minables….la drogue est passée par là.C’est vrai qu’un documentaire de 50 minutes, c’est vraiment trop court pour résumer une vie aussi solaire.Je me demande comment elle arriverait à vivre dans notre époque désabusée, où l’humanisme perds du terrain…..Merci pour ton post où on décèle  une poésie , une sensibilité évidente rien que dans ta  phrase que je trouve très belle: « Elle perdit l’aisance des mouvements extérieurs et puis après elle perdit la vie.« Merci à toi

  2. Je viens de relire mon commentaire et je vois que j’ai oublié de donner le titre du roman de Romain Gary sur les Black Panthers: Chien Blanc.Bonne journée à toi

  3. Celui qu’il faut lire aussi de Gary et qui parle de Seberg et de leur passion à mots couverts c’est Clair de Femme !

  4. Oui tout à fait , c’est une sorte de livre hommage pour rendre hommage à leur amour.Vraiment, le hasard en allant acheter les Inrocks, j’ai vu qu’un magazine vendait le film Clair de Femme avec Romy Schneider.De Gary j’ai découvert des livres aux éditions de l’HERNE,  que je ne connaissais pas du tout…….A bientôt l’amie

  5. [c’est top] Merci pour cette très belle note. Je me suis un peu intéressée à la vie de Jean Seberg mais je n’ai encore pas vu de film avec elle. Je n’ai pas non plus lu de livre de Romain Gary ! Grandes lacunes !! En suivant votre discussion à tous les deux j’ai maintenant de belles pistes à suivre.Il y a le titre d’un livre de Romain Gary qui m’a toujours plu c’est je crois Au delà de cette limite votre ticket n’est plus valable.

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