Je vais bien, ne vous en faites pas


L’attaque n’est pas ma discipline favorite. Je cherche depuis tant de temps un début qui vaille le coup, un truc accrocheur façon slogan publicitaire mais cent fois plus intelligent et plus subtil afin de capter le lecteur et de convaincre quiconque dans l’interstice temporel d’un battement de cils que ma prose vaut le détour. Que sans attendre, il faudrait crier au génie en me lisant, invoquer les gourous de la littérature moderne afin qu’ils se penchent sur mon cas et s’enflamment à la lecture des mes paragraphes. Oui, je sais, c’est un fantasme dénué de toute humilité, c’est tout à fait ce pourquoi c’est un fantasme.


 


Mais rien ne vient. Je reste engluée dans des formules convenues. Des petites phrases mille fois entendues, au point d’en devenir écoeurantes et galvaudées : introduire en racontant que je tente de « me frayer un chemin dans cette horrible jungle, surmonter les obstacles de ce monde de brutes, tenir droite comme un i dans mes bottes, mordre la vie à pleines dents, remonter la pente », des choses comme ça. La succession de ces sentences ne m’inspirent que des « oui, mais ».


Oui mais, la jungle urbaine est bien plus pernicieuse qu’elle n’en a l’air, on reconnaît mal les prédateurs, idem pour les brutes qui cachent leurs sales manières sous des atours proprets. Faire le i dans mes bottes ? Oui mais seulement par grand beau temps, ma paire en daim gris ne saurait souffrir la moindre goutte de pluie. Croquer l’existence ? Quand déjà j’ai peur d’avoir mal aux dents en mangeant une pomme pas assez mûre ! Remonter la pente ? Je n’ai pas l’âme d’un compétiteur au maillot à pois.


 


Une jolie collection de « oui mais » pour contrecarrer les sérénades « redresse-courage »  que l’on se serine et qui forment de potentielles accroches pleines d’un positivisme d’opérette. Impossible en conséquence de débuter ainsi pour raconter la moindre histoire.


 


Alors quoi ? Une attaque façon explosion nucléaire ? Un gloubi-boulga de mots qui vous pètent méchamment à la figure, vous atomisent et vous obligent de la sorte à rester scotché au récit ? C’est étrange, remarquez, je ne trouve pas que le plus difficile soit de conclure mais plutôt de commencer quelque chose. Je vais y réfléchir.

 

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Auteur : Lzarama

J'aime la mode, les bons restos, les chats mais ici je n'en parlerai pas. Enfin, je crois.

8 réflexions sur « Je vais bien, ne vous en faites pas »

  1. Il en est des projets personnels ou de l’écriture comme des voyages. Comme disait Georges Sand, « car il ne s’agit pas tant de voyager que de partir…« Sans plonger dans la formule toute faite, on ne naît pas écrivain, on le devient, à force de travail et surtout… d’échecs. Si tes phrases ne te conviennent pas, ce n’est pas grave, écris, avance, « produit en masse », puis une fois la note, le billet, la nouvelle, le roman achevé, revient dessus, améliore, retravaille puis passe au suivant. Les progrès viendront d’eux même. Tu as une bonne base.Il y a toujours plus de mauvaises raisons de ne pas se lancer, que de bonnes. Dans un premier temps, il faut vaincre ces « oui mais », et après, tout va mieux 🙂

  2. Et derrière ta réflexion pointe cette question taraudante : le blog est-il à l’écriture ce que la salle de bain est à l’art lyrique ? 😉
    Blague à part, j’opère avec plaisir un détour par ta prose et observerai d’ici peu si tu te frottes à l’exercice du récit de voyage. Pourquoi pas Good moaning Vietnam comme titre (ce que c’est que d’aimer les mauvais calembours :-)

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