Amours imparfaites


J’ai toujours trouvé joli que le mot amour devienne féminin au pluriel. C’est un peu, pensais-je, comme un juste retour des choses. L’amour n’a pas genre sexuel propre, enfin je me plais à pencher pour cette interprétation poétique.


A l’ère de la performance à tout prix, de la consommation de masse, à l’époque où pour vendre des beignets sur la plage l’été, il faut avoir un Bac + 5, je prône l’imparfait.


Je lis ces jours-ci et de nouveau Christine Montalbetti, Nouvelles sur le sentiment amoureux : de courtes histoires qui racontent les coulisses mentales de la tête de protagonistes en rendez-vous ou lors d’une rencontre.


Il y en a une en particulier qui m’a plue. Elle s’appelle le complexe de Mosca. En quelques mots, un homme rêve de croiser une femme qu’il a brièvement rencontrée dans une soirée, l’aperçoit à un carrefour en ville mais laisse passer la chance de l’aborder.


S’ensuit une réflexion sur cet acte manqué, cette promesse de possible que l’homme n’a pas saisi.


 


A un moment du récit, celui pendant lequel il reconnaît son éventuelle dulcinée entrain d’attendre au passage piéton, un paragraphe nous dépeint cette femme. Une figure inexpressive, engluée dans ses pensées. Le héros est déçu par ce visage qui ne ressemble que très peu à son imaginaire, dans lequel il avait figé la jeune femme dans une mimique rieuse, alerte, vive. Il ne la trouve pas laide mais le regard involontairement voyeur qu’il lui porte révèle une femme à nu, fragile, intime avec sans doute ses cernes de fatigue et une ride soucieuse qui lui barre le front. Cela le déstabilise.


 


Je crois que j’aime les rides soucieuses qui barrent le front, comme j’aime les petites cicatrices et j’ai envie qu’on aime les miennes.


Nos cerveaux produisent des images où sont gommées les défauts, naïfs idéalistes. La société véhicule souvent le concept de la perfection à toute berzingue à coup de lift tenseur, de goodbye cellulite, de Q10, d’images photoshoppées, de gouttières de blanchiment, de collants ventre plat… Attention, je ne prône nullement le laisser-aller, le retour aux touffes de poils sous les bras pour nous mesdames et de celles dans les oreilles pour vous messieurs.


Je dis seulement que les imperfections sont le signe le plus criant de la vie.

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Auteur : Lzarama

J'aime la mode, les bons restos, les chats mais ici je n'en parlerai pas. Enfin, je crois.

8 réflexions sur « Amours imparfaites »

  1. En musique, les mélodies, les harmonies qui touchent sont celles qui osent. On peut enchaîner les accords dits « parfaits » et se sera sans faute ; mais c’est lorsque se glisse une blue note, un accord diminué, un accord un peu dissonant, qui tire un peu, que le morceau prend un caractère, se type et du coup nous touche dans nos esprits et dans nos tripes.Vive les petits défauts et les imperfections, et effectivement… l’humain.

  2. La nouvelle que tu cites en exemple nous parle d’une tendance très humaine, qui consiste à épingler l’autre comme un papillon que l’on voudrait bien conserver sous verre. L’image se substitue au réel, ce vilain qui se moque bien de nos projections !
    Sinon, moi je n’ai rien contre les touffes sous les bras féminins, quelle affaire ! quant à mes oreilles, de là où je suis, je ne vois pas s’il s’y trouve des poils, mais du moment que ça ne m’empêche pas d’esgourder.

  3. oui. ne dit-on pas que quelqu’un qu’on a aimé pour ses similitudes, on finit par l’aimer plus encore pour ses défauts, ses travers, ses imperfections ? … je crois que c’est vrai. très vrai. mais qui est encore prêt à les voir ? à les accepter ?
    cette course à la perfection pourrit tout. pour démystifier le concept, on ne pourrait pas en faire un sujet de philo au bac ? non ? … ah bon. bon, ben restons cons…

  4. Quelle belle écriture! Et quelles belles émotions! Je trouve ça beau de pouvoir s’abandonner à ses émotions tout en cherchant à mettre des mots dessus. Merci de ces petits moments troublants de sérénité intérieure pas tout à fait sereine 😉

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