L’avis de l’expert

La radio était allumée sur France Info. Non, France Info ce n'est pas seulement un bulletin d'informations diffusé en boucle, comme le croient ceux qui ne se sont pas arrêtés sur la station depuis des années.

Donc la radio était allumée sur France Info. La radio a ceci de confortable qu'elle ne requiert que l'usage de l'ouïe au contraire de la télé ou du précieux ordinateur. Allongée sur mon lit, les yeux tournés obstinément vers le plafond dans un immobilisme bienfaisant ou à l'opposé m'agitant pour ne pas faire attendre ceux avec qui j'ai rendez-vous, chaque circonstance est propice à allumer la petite radio.

D'une oreille distraite, pliant le linge, j'écoutais un reportage sur cet atroce fait divers : la tuerie de Chevaline. Ce genre d'histoires captive les médias, fait les gros titres, est décortiqué, ressassé encore et encore. Elle a tous les ingrédients pour occuper un petit moment la Une, on croirait à un épisode des Experts : de la tragédie, de la violence, du mystère, de l'horreur et des enfants miraculeusement sauvés… Oui, deux petites filles dont l'une, âgée de seulement 4 ans, retrouvée des heures après le drame, prostrée mais indemne.

France Info se targuait ce soir-là de faire partager à ses auditeurs l'avis de l'expert (l'une des figures fortes en cas d'investigation journalistique, entre le policier et la voisine… Quand on a rien de plus à dire, on actionne ces silhouettes magiques et l'on comble le vide…). Ecouter le pédopsychiatre évoquer l'avenir en ruines de la petite fille avait quelque chose de voyeuriste. Dans un premier temps, l'opinion publique soufflait : les enfants avaient été sauvés. Mais ensuite, après ce court répit, l'on ne pouvait que réaliser que le destin de cet enfant était entaché à jamais du sang de ses parents morts violemment dans un coin de Haute-Savoie. France Info assénait cette vérité à ses auditeurs grâce à son "expert" expert.

Je coupais le poste, un goût métallique dans la bouche.

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Auteur : Lzarama

J'aime la mode, les bons restos, les chats mais ici je n'en parlerai pas. Enfin, je crois.

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