Sur le sable

Parmi les sensations qui font naître chez elle un doux souvenir du passé, il y a le sable brûlant contre la plante de ses pieds. A peine sont-ils posés sur la plage, à l'heure la pire, celle où le soleil cogne, jaune dur, et darde ses rayons sur les longues langues de sable, elle se souvient. De nouveau, elle a sept ans, elle entend aujourd'hui comme hier le brouhaha de la somme des autres autour d'elle. Qui déplie son parasol en cherchant les copains, qui farfouille dans la glacière pour en extraire des goûters emballés dans du papier d'alu, qui attend au bord de l'eau, des brassards à la main, s'époumonnant pour rappeler les enfants. Rien ne semble avoir changé ou presque dans le tableau.

Elle a trente ans, elle a sept ans. Le sable lui brûle la peau. Dans un sursaut, elle se met à courir. A sept ans, elle ne s'embarassait pas et faisait voler son tshirt au-dessus de sa tête, le temps de parcourir les quelques mètres qui la séparaient des flots. Sa mère le ramassait. Elle maugréait. Mais elle ramassait. Sa mère n'est plus là, juste derrière elle. Et elle ne peut plus se permettre une telle désinvolture. Elle court et arrive là où le sable est humide. 

Cette sensation différente stoppe net son élan. Elle est presque au bord de l'eau, là où barbotent les petits enfants et leurs jeunes parents accroupis, attentifs. Elle retire sa robe, la pose là. Elle avance doucement.

L'eau salée vient lécher enfin ses orteils. La sensation la ferait presque défaillir. Pour faire diversion, elle se retourne. Le poste de surveillance est toujours là, son drapeau est toujours aussi vert. Elle entre dans l'eau. Du mollet à la cuisse, une pause au niveau des hanches, elle patiente avant d'y mettre aussi la taille, c'est toujours plus difficile le ventre. Elle y va. Elle nage. A sept ans, elle ne savait faire que la brasse. Elle fait la brasse. 

Quand elle est loin, elle s'arrête pour regarder vers le rivage le spectacle des vacanciers heureux.  Le brouhaha est encore plus diffus que tout à l'heure. Elle fait maintenant la planche. Une larme perle au coin de ses yeux et glisse jusqu'à l'eau salée. Elle respire.

Si les choses changent, le temps passe, il est parfois bon de se rappeler que certains détails simples restent, eux, immuables.

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Auteur : Lzarama

J'aime la mode, les bons restos, les chats mais ici je n'en parlerai pas. Enfin, je crois.

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