Chéri, et si on jouait aux pauvres !

Ce week-end, je feuilletais une jolie revue regorgeant de belles images, de lieux rêvés, d’endroits dont je ne foulerai jamais le sol mais qu’importe, parfois le plaisir des yeux se suffit à lui-même.

Entre autres,  si vous vous mettez à lire entre les photos, vous apprendrez que Philippe Starck a une préférence pour les hôtels dotés d’un héliport sur le toit pour faciliter son arrivée et qu’il s’estime responsable de la bonne température de la cabine Première d’Air France (cet saint homme qui oeuvre avec ardeur au bien du plus grand nombre, c’est beau), qu’aller à Los Angeles du jeudi au lundi est la seule option valable en cas de week-end prolongé et que le gros gros « trend » du moment, quand on est riches, c’est d’aller jouer aux pauvres. Si, si, la légende de la photo est formelle.

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D’ailleurs, je vous fais remarquer qu’ils sont obsédés par les hélicos dans ce magazine, ils en parlent toutes les quatre pages !

Chers amis les pauvres, veuillez noter que vos prochaines vacances au camping de la Bourboule ne sont pas « beauf », ni même simples, non, elles sont au-then-ti-ques (repeat after me) ! Vous avez su adopter, sans même vous en apercevoir, ce que nombre de riches vous envient : une attitude « low profile ». Bravo. Réussir à se passer d’hélico (si,si), de marina bondée de yachts à la blancheur éclatante, de restaurants branchés avec leurs serveurs-mannequins… est une épreuve à laquelle beaucoup de nos copains les riches ne résisteraient pas.

Plus sérieusement, et sans jouer la Mère Bien-Pensance, je suis un peu choquée par cette légende. Que certains puissent profiter et s’offrir des séjours dans des lieux paradisiaques, qu’ils fassent florès et en tirent un bénéfice, cela ne me gêne pas. Que des magazines comme celui-ci leur parlent, non plus. Je ne milite pas pour le politiquement correct à tout crin. Mais tout de même, je dois admettre que je trouve qu’on tombe ici dans l’indécence.

Je suis, comme d’autres sans doute, fatiguée par la morosité ambiante, par cette crise interminable et par les tentatives désespérées, désespérantes ou ridicules des puissants de ce monde pour essayer de (nous faire croire qu’ils font tout pour) redresser la situation. Et j’en suis jusqu’ici pourtant préservée.

Il n’y a aucun second degré dans cette légende. Elle est là, posée, violente. Certains plaideront peut-être que les « pauvres » ne lisent pas ce magazine et ne seront en conséquence pas blesser par ces quelques mots. Mais tout de même, croire qu’authentique est synonyme de pauvre, c’est ne pas avoir la moindre idée de ce que c’est que d’être pauvre, non ? Et j’aimerais bien savoir quel est le seuil de pauvreté selon la rédaction de ce magazine.

Parce que, psssst, les gars, les vrais vrais vrais pauvres ne partent même pas en vacances.

La dernière phrase de cette légende était de trop, de mauvais goût.

Je réfléchis à lancer un concept « low cost » d’hôtel de luxe pour que les pauvres puissent un peu jouer aux riches ! Il n’y a pas de raison que cela ne fonctionne pas dans les deux sens, non ?

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Auteur : Lzarama

J'aime la mode, les bons restos, les chats mais ici je n'en parlerai pas. Enfin, je crois.

6 réflexions sur « Chéri, et si on jouait aux pauvres ! »

  1. ça me rappelle ce concept so fun (!) des boîtes qui vendent des problèmes aux gens qui n’en ont pas. C’est de très mauvais goût.
    Joli coup de gueule !

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