Exercice d’écriture

Ce petit texte est l’exécution d’un exercice posté en commentaire du chouette blog de Sophie Gourion. J’avais envie de le consigner ici.

Elle fit une pause sur le pas de la porte. Ses cheveux blanc bleu, sa robe fleurie, son cabas bourré de revues : son attirail. Sa beauté flétrie inspirait de la tendresse à qui la voyait pour la première fois. Mais Jeannot la voyait tous les matins. Tous les matins, depuis six mois, elle débarquait sur les coups de dix heures.

Au début, il avait trouvé cette vieille dame absolument charmante. La première fois, c’était l’été, elle était entrée dans la boutique, nimbée d’un halo de lumière, le soleil blanc d’un matin de juillet éclairant son apparition. Il avait cru que le ciel lui avait envoyé une gentille petite grand-mère à qui offrir un café, avec laquelle discuter en arrangeant son bric-à-brac. En fait, c’était un peu plus compliqué.

Maggie venait relire les deux premières pages d’un carnet qu’ils avaient mis ensemble près de trois mois à trouver. Elle avait contraint Jeannot à fouiller de fond en comble, à retourner chaque millimètre du magasin pour mettre la main dessus. Il avait fini par le trouver sous une lame du parquet défoncé.

L’ancien propriétaire était amoureux de Maggie. Elle l’avait quitté quarante ans plus tôt pour retourner en Angleterre. Regrettant toujours. Des années durant, il lui avait envoyé des lettres d’amour, toutes les coupures de magazines où on évoquait la boutique ou les Puces, puisqu’ils y avaient passé leurs plus jolis moments.

Quand elle était revenue en France, son amoureux était mort, le magasin avait été vendu, il était trop tard pour la romance.

Depuis, elle venait chaque jour, comme d’autres seraient allés au cimetière, rendre visite au sanctuaire de leur amour. Elle avait toujours les coupures de presse et les lettres dans son cabas. Dans la toute dernière, il lui disait qu’il avait laissé un carnet caché là, à son intention.

En cherchant avec Jeannot, elle l’avait retrouvé. Dedans, il y avait juste deux pages griffonnées, dont on comprenait peu de choses. Seulement, il disait que le plus beau trésor de sa vie avait été elle.  Alors, pour ressusciter cet amour, elle venait chaque matin redécouvrir ces quelques mots péniblement rédigés par un homme malade… mais amoureux jusqu’à son dernier souffle.

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Auteur : Lzarama

J'aime la mode, les bons restos, les chats mais ici je n'en parlerai pas. Enfin, je crois.

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