Hier au soir…

J’étais assise, sur la gauche au premier rang et je tirais sur ma robe à intervalles réguliers. Je regardais à travers la baie vitrée et les barreaux qui la protégeait, rez-de-chaussée oblige. De l’autre côté du verre, il y avait une allée piétonne, une petite fille avec tout un tas de nattes sur la tête et un t-shirt au flocage rose, assise sur un tronc d’arbre. Mes yeux se sont attardés sur un nuage de moucherons, au premier plan, qui s’agitait frénétiquement entre les buissons. Je me suis dit que c’est tout de même bizarre ces petites nuées, qu’il doit y avoir une raison mais que lorsqu’on les observe, on a l’impression que pour rester soudés, ils se livrent bataille… Je jetais un oeil à mon téléphone qui cherchait désespérément son réseau. Parce que je suis une femme moderne, j’ai activé le Wifi et je n’ai trouvé qu’une connexion protégée bizarrement séduisante : « Colocparadise_soussol ». Je me suis dit que c’était formidable si des gens avaient réussi à créer un paradis dans un sous-sol.

Et puis, Delphine de Vigan, avec ses faux airs de Sandrine Kiberlain (on a déjà dû le lui dire cent voire mille fois) s’est assise, gracile, longue, calme. A ses pieds, de jolis repettos noires, la silhouette habillée d’une robe tout aussi sombre dont la sobriété soulignait sa ligne.

L’animatrice a passé en revue sa bibliographie, elle a suggéré beaucoup, a questionné un peu. Elle était intéressante et avait travaillé cette rencontre avec précision mais je ne pouvais m’empêcher (étais-je la seule ?) d’être pressée d’entendre ce que Delphine de Vigan avait à dire et la manière dont elle allait le faire.

A un moment, celle-ci a lu le passage des « Heures souterraines » dont j’avais parlé ici; bêtement ça m’a émue. Delphine de Vigan lit aussi bien qu’elle écrit, elle sait mettre le ton. J’ai attrapé entrain de flotter dans l’air ce bout de phrase que je trouve si jolie : « la roue tourne comme le bas des robes à fleurs ».

Cette possibilité de rencontre m’a parue aussi formidable qu’ennuyeuse. Je me suis dit, avec une pointe d’orgueil et beaucoup de naïveté, « ah si tu pouvais lui parler juste toi, tu lui dirais toutes ces choses, elle te livrerait plein de réponses et ça t’aiderait beaucoup à comprendre ceci, cela »…. A la fin de deux heures et demi d’un fil conducteur savamment déroulé, j’ai quitté le premier rang pour m’approcher encore un peu plus près de Delphine de Vigan.

Les dédicaces me semblaient surtout un prétexte pour lui glisser quelques mots. Allez savoir pourquoi, j’étais encore davantage émue. Je lui ai maladroitement expliqué ce billet que j’ai intitulé « Quand je serai grande, je serai Delphine de Vigan« , pas tant fan qu’admirative et désireuse de comprendre le chemin… Je me suis trouvée drôlement bête à cause de cette émotion puérile. J’aurais aimé montré autre chose de moi que cela, cette sensiblerie inutile.

Et puis, je suis partie, la gorge sèche, l’estomac dans les talons, dans la chaleur (enfin) du mois de juin parisien.

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Auteur : Lzarama

J'aime la mode, les bons restos, les chats mais ici je n'en parlerai pas. Enfin, je crois.

9 réflexions sur « Hier au soir… »

  1. Rien ne s’oppose(rait) non plus à ce que tu écrives à Delphine de Vigan !!!!!
    Juste question de lui parler en ayant « domestiqué » peu ou prou tes émotions.
    J’ai écrit une fois à un écrivain pas comme une « fan », non, j’avais aimé un
    de ses romans qui me concernait très particulièrement. et m’étais retrouvée
    un peu paralysée quand nous avions été en présence et bla bla bla…
    Il m’a répondu et meme assez longuement, ça lui avait fait plaisir.
    Mais je comprends assez bien dans quel état tu pouvais te trouver :
    Dois-le dire ? La 1ere fois que je t’ai laissé un com, j’étais émue ( parce
    que je ne le fais quasiment jamais..)
    J’aime énormément l’entrée en matière d’Hier au soir ». Très joli, vraiment.
    Merci!
    Je t’ai laissé un com pour « Préfabriqué ». J’avais du retard!

  2. Le truc c’est que j’ai écrit à 3 auteurs dans cette vie. A douze ans, à Philippe Labro, qui n’a jamais daigné m’adresser une réponse même « standardisée », Christine Montalbetti, moins connue du grand public mais dont à 25 ans, j’ai adoré deux ouvrages et l’été dernier Martin Winckler, par email. Ce dernier est le seul à m’avoir répondu. Je crois que je préfère ne pas écrire à Mme de Vigan de peur d’être déçue. A qui as-tu écrit ?
    Je t’avoue que j’ai du mal à croire que laisser un comm ici ait pu susciter chez toi une émotion, je ne mérite pas tant d’égard, avec ma petite écriture de rien. Merci en tout cas, infiniment, pour ton soutien.

  3. J.e venais de t’écrire un commentaire-fleuve et pffuit, au moment de le poster,
    il disparaît en fumée. Donc rebelote, mais pas tout de suite…

  4. L’écrivain en question était François Weyergans pour son livre Franz et
    François. Comme il est réputé pour sa tendance à la procrastination, je
    n’espérais pas vraiment une réponse. Dans ce roman assez autobiographique,
    il parle de son enfance, de son adolescence et de son existence de jeune
    adulte abimées par un pesant rapport amour-haine avec son père lequel,
    grand écrivain catholique influença tant ma mère que sa relation avec moi
    en fût durablement marquée.
    Tu l’as écrit ( je l’ai lu dans tes archives ! ) : Philippe Labro t’a déçue mais pas seulement parce qu’il ne t’a pas répondu, je pense. Moi aussi, j’ai déchanté à son sujet.
    J’ai lu Love room et L’évaporation de l’oncle de Christine Montabeltti et j’aime
    assez.
    Quant à l’émotion que j’ai ressentie lorsque je t’ai laissé mon 1er comm, c’est
    dû au fait que j’ai considéré ça comme une forme d’engagement. Je suis
    quelqu’un de constant pas du genre à laisser un avis élogieux et ne plus
    jamais revenir parce que je m’en ficherais au fond.
    Tu parles de ton écriture de rien ! Warf, laisse-moi rire ! Elle possède sa
    propre petite musique, crois-moi ! J’ai écumé des tas de blogs littéraires,
    donc je m’autorise cet enthousiasme à ton endroit.
    Si un jour un de tes textes me semblait, disons « faiblard » je te le dirais.
    C’est arrivé du reste 1 ou 2 fois et je peux revenir dessus, si tu veux.
    Pour ma part, je me suis essayée à l’écriture et ce n’est pas mon truc,
    même s’il est vital pour moi de lire ( mon truc, c’est la peinture …)
    Quelques bons écrivains à lire : Haruki Murakami, Russel Banks…..

    1. Wow une réponse de Weyergans, quelle classe 🙂 ! Il y a en effet des auteurs qui nous (pour)suivent le long de notre vie. Pour Labro, tu as raison, il n’y a pas que le silence opposé à la fillette de 12 ans qui m’a déçue… Christine Montalbetti, c’est un vrai regret parce que son écriture a été une vraie claque (Nouvelles sur le sentiment amoureux & petits déjeuners avec quelques écrivains célèbres, lesquels méritent lecture surtout le premier).
      Quand tu parles de petite musique, je suis contente car c’est à ça que j’essaie de travailler. A l’atelier, je sens qu’on attend désormais de moi que je trouve ma force et mon style propre, que ça ne suffit plus que j’écrive des textes potables. Et c’est une marche. Que je veux franchir mais qui est difficile. En fait, ce n’est pas une marche, c’est une montagne.
      Je suis donc toute ouïe si tu as des avis, conseils, remarques (ce que tu préfères, ce que tu aimes moins) mêmes sur les textes faiblards (il y en a forcément, je le concède). Si tu es d’accord pour m’aider à avancer.
      Hier, un de mes textes a été refusé, c’est le jeu, c’est normal mais je doute encore trop pour ne pas être atteinte. Et puis, j’ai besoin d’aide.

  5. Celui de tes textes qui a été refusé faisait-il partie de ceux que tu as publié ici ?
    Les deux qualités que je te trouve :
    La « non-mièvrerie »
    La très juste observation de ce que tu décris (pour moi en tout cas)
    Bon, une troisième : l’imagination !
    Ce n’est pas la moindre mais je la trouve moins importante que l’observation.
    « Prendre » autour de soi est un des secrets, je pense.
    Restent des choses comme de transmuter le plomb en or .., je veux dire par.exemple de savoir extraire et retranscrire la poésie des chose. Trouver le
    charme ( au sens magique du terme ), le secret..
    Dans une de ses nouvelles, Carver fait se rencontrer lors d’une invitation à dîner
    2 couples très ordinaires dont l’un se croit sinon supérieur à l’autre du moins « meilleur »intellectuellement et il introduit dans cette histoire l’étrange, le grotesque et l’émouvant grâce à la présence d’un paon ( et son cri insupportable )
    d’un dentier posé sur la télé et d’un bébé vraiment très laid. Résultat : le lecteur
    est inquiet, rit et a la gorge nouée au cours de la lecture. Du grand Art. Si je te
    parle souvent de Carver, c’est parce que c’est un maître en la matière. Un des grands nouvellistes ( Truman Capote, aussi et j’en passe…)
    Alors,vas-y à donf.. Pardon, c’est la fin de la journée! Moi j’y crois.

  6. Oui, c’est un texte que j’avais posté ici que j’ai soumis et qui a été refusé. Mais un texte, ce n’est rien, il va m’en falloir un sacré paquet avant d’arriver au petit doigt du pied rattaché à la cheville d’un Carver ! Merci en tout cas pour ces commentaires éclairants… et leur qualité !

  7. Puis-je savoir de quel texte il s’agissait ?
    L’avais-tu envoyé à un magazine ou groupé avec d’autres à un éditeur ?

    En passant, j’aime beaucoup le nom de ton blog ( Lzrama comme dans panorama
    mais aussi glamorama, roman de Bret Easton Ellis )
    Ce qui m’enchante c’est surtout le « sous-titre » Inspirations et respirations régulières ». Ca m’a tout de suite fait penser à quelque chose de vivant, de « pensant » si je puis le dire maladroitement comme ça.

    1. Il s’agissait du Parcours. Je l’ai envoyé seul à un site spécialisé ds les formats courts shortedition.com. Je pense que c’est trop tôt et qu’il faut que je travaille davantage.
      Pour le nom, il m’a tjrs paru évident :)) et le sous titre, venu plus tard, est vraiment tout ce que je veux faire de ce blog.

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