Et devant nous, le monde !

Voilà, je viens de refermer Et devant moi, le monde que le marketing vend comme l’histoire d’amour de Joyce Maynard avec le mystérieux Jerry Salinger (ouhhh le joli bandeau rouge ajouté tout exprès pour attirer le lecteur), oui, l’auteur de l’Attrape-coeurs. Or, Et devant moi, le monde est un plus que ça : c’est  la biographie de Joyce Maynard, le regard qu’elle jette par-dessus son épaule sur les années écoulées avec la lucidité de l’âge et la sagesse du pardon, c’est aussi le portrait d’une famille aussi dysfonctionnelle que bizarrement attachante, celui d’une Amérique en mouvement, de la première génération de femmes émancipées…

Maynard à 18 ans en couverture du NY Times
Maynard à 18 ans en couverture du NY Times

J’avais été enthousiasmée par Long week-end de Joyce Maynard et face aux critiques élogieuses réservées à Et devant moi, le monde, je n’ai pas résisté. Joyce Maynard a une écriture fluide, sans chichi, sans fioriture. Et tant mieux puisque le livre est dense. Sa vie est un roman : je me souviens avoir oublié un instant que l’histoire que je lisais s’était véritablement produite et n’avoir été ensuite que plus curieuse encore de découvrir leurs photographies. Je cliquai sur Google Images : Joyce Maynard en couverture du New York Times, le long visage lunaire de Jerry Salinger.

Et devant moi, le monde m’a emportée au point que je n’ai pas songé une seconde à ce qu’explique Joyce Maynard dans sa postface : le tollé qu’a provoqué la révélation de son histoire avec JD Salinger, spécialement parce que celui-ci avait fait le choix de vivre reclus près de cinquante ans.

Beaucoup ont estimé voyeur, opportuniste, malsain que Joyce Maynard lève le voile sur un morceau de l’intimité du père d’Holden Caufield. Je pense que vu d’ici, sans appartenir à la société américaine et à sa culture dont il est aisé de s’apercevoir, entre autres à la lecture de cet ouvrage, qu’en une série de points nous sommes nous, la Vieille Europe, assez éloignés, nous ne pouvons avoir la même perception de cette histoire. Je n’ai donc pas d’avis tranché sur le choix de Maynard d’évoquer cette relation, surtout que je la trouve finalement assez clémente envers l’homme qui a changé le cours de sa vie, irrémédiablement et pour plus de mal que de bien. Elle avait 18 ans et lui 53. Si elle a franchi une barrière en écrivant ce livre, personne ne reproche à Salinger de s’être servi d’une jeune femme fragile (et d’autres sûrement) pour satisfaire ses obsessions ? Quand il rencontre Joyce Maynard, elle n’est que cette grande enfant maigrichonne de 18 ans, le joli petit singe savant.

Joyce Maynard écrit depuis toujours, des chroniques, des romans, des articles, elle s’est beaucoup servie de sa vie comme matériau et a énormément échangé avec ses lecteurs, elle est l’ancêtre de la blogueuse, comme le dit justement, dans son billet au sujet du livre, Caro.

Mise en perspective, cette biographie paraît plus évidente : Joyce Maynard était sans doute arrivée à un moment où elle voulait en finir avec son passé.

Je vous invite à lire afin de vous faire votre avis. En tout cas, je salue la traduction qui a transformé At home in the world en Et devant moi, le monde. Joli.

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Auteur : Lzarama

J'aime la mode, les bons restos, les chats mais ici je n'en parlerai pas. Enfin, je crois.

11 réflexions sur « Et devant nous, le monde ! »

  1. Comme je te disais sur twitter, j’avais adoré Un Long Week end. Ton article m a convaincue de lire celui-ci.

  2. J’ai adoré ce livre et tu en parles très bien . Rien à ajouter. Sauf que :
    Il faut lire ses autres livres, ça vaut le coup !
    Et que :
    J’insiste passionément, puissamment et même pesamment s’il le faut pour que les dingues de livres lisent les NOUVELLES de J.D. Salinger.
    Parce qu’elles sont extraordinaires et qu’elles éclairent le personnage de l’écrivain
    mieux que n’importe quoi mais en écho cependant avec ce qu’a pu vivre Joyce Maynard quand elle vivait avec lui.
    Ce n’est pas l’homme d’un seul livre ( L’Attrape Coeur ). Il a écrit aussi deux autres romans qu’ il annonçait comme le début de chroniques consacrées à une famille new-yorkaise avec 7 enfants, leurs parents et leur entourage. C’ était prometteur.
    Mais après ce fût le silence qui durât jusqu’à la fin de sa vie, comme chacun sait.

    Je suppose que tu as été choisie par le jury de Short Littérature pour le palmarès
    de l’automne 2013?. Est-ce pour un des deux textes qui s’y trouvent déjà ?
    Je n’ai pas commenté chaque fois mais il semble que les mêmes choses nous plaisent. Livres, films., musiques. C’est chouette !
    Bon vent, à bientôt.

  3. Je viens de relire ton post. Bravo pour l’analyse très bien écrite, très complète, qui donne envie de lire le livre et pour moi de le relire.

    PS. Je ne peux m’empêcher de m’auto-corriger : dans le com. précédent, passionnément avec deux n, c’est mieux 😉

  4. Quelle perfectionniste tu fais 😉 Merci pour ces commentaires. C’est peut-être parce qu’on a un peu les mêmes goûts que tu aimes bien ce que j’écris ?

  5. Je repasse par ici, il est tard mais les nuits d’été me donnent toujours envie de trainasser en respirant l’air frais de la nuit, un verre également frais à la main ( hum ).
    Je réponds donc à ta question : oui, sans doute, la communauté de goûts ça rapproche ( ah, Frances Ha ) mais l’inverse est vrai aussi, je veux dire, je n’ai pas
    forcément toujours les mêmes affinités avec des écrivains que j’aime.. Ce qui compte surtout, je pense, c’est la sensibilité dans la pensée et l’écriture.Et la force qu’apportent la retenue, la pudeur, l’ellipse. Voilà, voilà. Je n’ajoute plus rien, je pense que tu auras saisi ce que je veux dire, je ferme donc les volets pour cette nuit 😉

  6. J’avais entendu parlé de ce livre et je l’avais noté sur ma liste… Je vais le noter en gras maintenant car ton commentaire m’a beaucoup plu et me donne envie de le lire. Tu te rends côté je n’ai même pas lu Salinger, pourtant il se trouve dans ma bibliothèque. Au plaisir de lire d’autres chroniques « lecture » et sans oublier d’autres nouvelles.

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