« The melody haunts my reverie »

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On lui remet un badge, un pass et on la conduit au vestiaire. Elle parcourt les couloirs souterrains, emboîtant le pas de ce « on » qui la guide à toute allure. Rien n’est encore familier. Elle se demande combien de temps il lui faudra pour ne plus craindre de se perdre, elle n’imagine pas qu’un jour elle montrera le chemin à d’autres nouvelles recrues, que bientôt elle connaîtra chaque recoin, les fissures dans le plafond, quels interrupteurs contrôlent quoi et presque ce qui se passe derrière chaque porte du dédale.

Parce qu’elle rêvasse, elle se laisse distancer par son supérieur, elle accélère, elle ne craint pas tant de se perdre que de faire mauvaise impression.

On l’invite à se débarrasser de son chewing-gum et à vérifier que son portable est bien en mode avion. Il est interdit d’utiliser un téléphone pendant le travail. Elle le range avec son petit sac dans le casier qu’on lui a attribué et accroche le badge sur son chemisier propre et bien repassé.

L’ascenseur qui l’emmène des entrailles jusqu’au coeur des lieux est vieux, mal éclairé et tremble au passage de chaque étage. Pourtant, elle sourit poliment à sa nouvelle collègue qui la toise, du haut de ses trois mois d’expérience.

D’un vague geste de la main, celle-ci lui indique sa salle et l’abandonne là, à ce qu’elle peut appeler maintenant son poste de travail. Une chaise en plastique moulé, gris foncé et son pied tubulaire en inox. Pas de table, pas d’écran, pas de clavier, seulement cette chaise. Et les oeuvres incroyables !

C’est ce qui l’a charmé dans l’opportunité de cet emploi : être cernée quelques heures et quelques jours par semaine par des chefs d’oeuvre, les regarder à loisir, depuis différentes perspectives, en apprécier les formes, les couleurs, les contours, en découvrir les ombres, les détails.

Les visiteurs qu’elle surveille du coin de l’oeil, aussi discrètement que possible, vivent parfois un coup de foudre face à l’une des toiles accrochées là, d’autres passent devant sans même froncer un sourcil et, ceux-là, elle ne les comprend pas. Elle, elle vit une longue histoire d’amour avec les oeuvres, elle est leur maîtresse timide et fidèle, elle les connaît, croit-elle, naïve, mieux que personne ou presque, d’une façon unique en tout cas; elle pourrait les yeux clos les raconter de la manière précieuse dont elle les admire.

Le privilège de sa tâche qui n’a l’air de rien représente, pour elle, un inestimable trésor. Au moins les premiers temps.

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Auteur : Lzarama

J'aime la mode, les bons restos, les chats mais ici je n'en parlerai pas. Enfin, je crois.

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