Des paires de chaussures

Le paradoxe de mon quotidien est une paire de talons planquée sous un bureau.

Sagement, la nuit, ils attendent leur tour, de retrouver la chaleur d’un pied, du contact d’un collant, des doigts, d’une plante, cette plénitude que la matière de la chair, des tendons et des os va leur concéder. Ils n’existent que pour cette chaleur douillette, ne connaissent pas les agressions de l’extérieur.

Ainsi préservés, ils ignorent les matins pressés, les soirs stressés, l’allure rapide et cadencée subit par d’autres si vite éreintées par le contact du macadam, les interminables un peu tristes couloirs de métro, piétinés par leurs confrères dont les propriétaires se tassent, s’agglutinent sans vergogne aux heures de pointe.

Ma vie c’est une paire de chaussures en cuir noir, huit centimètres de talon et un petit détail doré sur le côté mais des boots aussi. Je suis les deux, par moment perchée, masquée, habitée par le rôle que la société et moi avons choisi que j’allais jouer. Mes talons, mes semblants d’élégance et de fierté : ma contenance. Mes chaussures plates aussi : mon envie de courir, de ne surtout rien perdre de ce temps si précieux et volatile, de rattraper ceux que j’aime, ceux qui me touchent, ceux qui me parlent, de les stopper un instant dans leur propre trajectoire pour partager un peu, avec eux. Un mélange, dans l’allure, de lourd et de léger. Du bonheur, des talons un peu hauts qui cassent, d’autres plats qui glissent, dérapent, quelques larmes. Tous les jours, je suis un peu de ça.

Ils me donnent l’aplomb, le courage, ce petit surplus nécessaire pour affronter ce dont parfois je me crois parfaitement incapable, mes chaussures plates, elles, me pressent vers l’amour, l’amitié, sans fard, m’ancrent plus près du sol, de mes racines. Mes talons me font flirter avec en haut. Je ne suis ni tout à fait l’une ni l’autre, ni petite ni grande, je suis un composite, je suis un clown, je suis une poupée de papier.

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Auteur : Lzarama

J'aime la mode, les bons restos, les chats mais ici je n'en parlerai pas. Enfin, je crois.

6 réflexions sur « Des paires de chaussures »

  1. Ouiiiiiiiiiiiii ! J’aime beaucoup le sujet déjà. Et ton texte « va vite ». Ca se pose, ça court, ça gambade, ça flâne. Bravo !

  2. Sympa, ton article !
    Moi je mesure 1,57 m alors les talons c’est un must. Avec eux je me sens plus confiante, plus féminine, plus grande, plus forte. Mais parfois, plus rarement, ce sont des chaussures plates ou des baskets, plus cool, plus décontractée, plus désinvolte et dégagée. C’est selon mon humeur… Comme pour toi, quand je glisse dans mes chaussures, c’est tout un petit monde qui vient avec moi…

    1. Merci ! Oh oui, quand j’écris de tels billets jamais je n’ai l’outrecuidance de penser que je suis un cas exceptionnel :), seulement plutôt j’ai envie de retranscrire ce que je ressens. Merci pour ton commentaire qui me booste !

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