Philosophie de boudoir

L’autre jour, j’ai fait un cauchemar. J’apprenais que j’étais malade et qu’il n’existait, pour mon cas, aucun remède. J’accusais le coup, je crois, mais le plus frappant semblait l’inexorabilité de la situation.

IMG_3382Bienheureuse, comme en général dans pareilles situations, de sortir du sommeil, je repris pied, toute calme. Ce cauchemar n’était en fait qu’une loupe posée au-dessus de la vie. Tout finira et c’est ainsi.

Je chassai vite le cauchemar et ce qui m’inquiéta davantage finalement, c’était la vie. ce matin-là, elle me heurtait de toute part : chaque chose apparaissait plus vive, plus pointue, plus piquante, la barbe naissante de l’homme que j’aime, le rouge de ma jupe plissée, l’angle de la commode auquel mon petit doigt se cogne régulièrement, l’immense sourire édenté de mon bébé. Tout était plus douloureux, plus intense et finalement presque plus plaisant. Le sourire, le rouge de ma jupe, l’angle de la commode, la barbe de l’homme que j’aime.

J’avais beaucoup repensé à Katy ces derniers jours, j’avais reregardé cette image d’elle et de son fils si petit,  encore nourrisson, sur son blog, eux si peu de temps avant la sentence. Le diagnostic ne lui avait pas appris sa mort, il lui avait prédit une mort forcément trop proche et tellement de douleurs. C’est contre ce compte-à-rebours imminent qu’elle s’est battue comme une lionne. Elle a retenu tant qu’elle a pu la vie en son sein, se délectant un peu plus de chaque moment : un arum dans sa cuisine, un paris-brest, une robe à fleurs, des ballerines à paillettes, les malices de son petit, son mari, leur mariage, le beau temps, le paysage de sa bien-aimée Bretagne. Sans doute y a-t-il eu des jours sans, d’épuisement, de rage ou d’agacement mais elle a suivi son cap, s’est maintenue parmi les autres la plus vivante possible, sans cesser d’aimer, ni de rêver jusqu’à son dernier souffle.

Ecrire ces lignes m’est difficile : je ne veux pas m’approprier une histoire qui n’est pas mienne, j’ai horreur des gens qui profitent du malheur et je ne veux pas que l’on puisse croire que je développe une obsession morbide. Je suis de fait si loin de là.

J’éprouve un tel respect envers Katy, je ne veux pas l’oublier, ni elle, ni son combat, ni la leçon qu’elle m’a donnée et qui m’inspire depuis et me fait tant réfléchir.

J’ai commencé il y a deux semaines à noter sur un petit carnet au moins une chose par jour qui me réjouit. Une naissance, l’arrivée d’une amie, un bon restaurant, les progrès de Ferdinand, un gentil compliment, une sortie au théâtre. Je me suis aperçue, avec bonheur, qu’il m’est facile même d’en trouver plusieurs. J’ai la chance incroyable de goûter à tant de joies, je m’aperçois comme je suis chanceuse. Je suis heureuse.

La vie, la mort, tout ça dans le même sac, peu importe les croyances mises derrière. La vie et tout ce qui va avec, le début, le milieu et la fin. La vie et cette unique chose que l’on se doit : essayer de la vivre intensément, en profiter.

Je m’applique, je m’applique.

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Auteur : Lzarama

J'aime la mode, les bons restos, les chats mais ici je n'en parlerai pas. Enfin, je crois.

2 réflexions sur « Philosophie de boudoir »

  1. Oh oui, Lza, « jongler » avec tout ça. Et aimer, surtout.
    Le blog de Katy, je le lisais. Grâce à toi.
    Et ton texte me fait du bien. Sensible, intelligent, juste. Merci.

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