De l’autre côté

L’autre soir, si vous aviez assisté à un événement dans un hôtel parisien et eu devant vous une petite assiette vide ou un verre sale, il eut été possible que vous m’ayez vu arriver vers vous d’un pas alerte quoique mal assuré, un plateau entre les mains.

Je vous passerai les détails, bien qu’ils soient surprenants – laissons un peu planer le doute, ce sera toujours plus amusant, sur le pourquoi du comment je me retrouvai à assurer le service d’un cocktail de 150 personnes (d’ailleurs, je n’avais jamais remarqué avant à quel point ça fait beaucoup (de vaisselle) 150 personnes) où je ne devais initialement qu’assister (les mauvaises langues diraient faire potiche peut-être).

C’était un peu comme de passer de l’autre côté du miroir.

D’abord, redécouvrir les coulisses. J’avais déjà eu l’occasion de pénétrer les cuisines d’un restaurant, cela m’est arrivé à plusieurs reprises depuis l’enfance et j’y retrouve toujours cette même odeur particulière indéfinissable, ni bonne ni mauvaise, permanente et unique. La place du corps y est calibrée, les mouvements optimisés et les gestes réduits à l’essentiel.

Ensuite, assurer le service, desservir plutôt, la tâche que je m’auto attribuai, naviguer entre le dehors et le dedans, les entrailles et la scène.

Il suffit d’un plateau pour observer le regard des autres sur soi changer. Il y a ceux qui ne voient plus la personne mais son utilité et qui déposent  leurs verres et leurs assiettes sans faire attention, se fichant bien de savoir si tout ça va tenir même de guingois, une fois débarrassés, ce n’est que votre affaire. Il y a ceux aimables et moins nombreux qui vous regardent, ont même un peu pitié, il ne fallait pas être bien malin pour voir que le service était assuré par des personnes dont ce n’était pas le métier. Il y a ceux qui vous parlent mal d’un coup justement à cause du plateau.

– Une fourchette, vite, j’attends, j’ai faim.

– Oui, oui, bien sûr, tout de suite (Seulement une fois que j’aurais réussi à retourner à la cuisine – c’est-à-dire à à traverser la salle, descendre quatre marches, en remonter autant, franchir la porte battante des cuisines, sans renverser le tas de vaisselle sale que j’ai entre les mains) Monsieur, j’arrive.

Traverser une foule compacte avec son plateau chargé m’a causé une bonne suée et je ne dis pas que je n’ai pas cogné dans quelques convives, forcément outrés. Mais je n’ai rien renversé. Enfin, il y a ceux qui ne vous regardent plus, pour lesquels vous n’existez pas parce que vous êtes juste une petite main (fort heureusement, ce soir-là j’en avais deux).

C’était une expérience inédite et fatigante. Je ne suis pas faite pour être serveuse, comme pour aucun métier manuel d’ailleurs. Mais j’ai aimé ça, j’ai aimé ce que ça m’a montré : les attitudes des autres, leur petite mesquinerie bien crade ou au contraire leur gentillesse… Je me suis promis de faire attention, la prochaine fois que je suis invitée, à tout le monde bien regarder…

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Auteur : Lzarama

J'aime la mode, les bons restos, les chats mais ici je n'en parlerai pas. Enfin, je crois.

4 réflexions sur « De l’autre côté »

  1. Passionnante expérience en effet, que je garderai en tête lorsque j’assisterai à une soirée de ce genre. Oui certaines personnes mériteraient un coup de plateau sur ma tête tant leur attitude méprisante est inadmissible. Que l’être humain est étrange….

      1. Je ne pense pas qu’on soit toujours la potiche de quelqu’un. A vrai dire, potiche ne veut pas dire grand chose. Pour moi ça serait quelqu’un qui s’efface derrière une autre personne ou un groupe. Et encore, certains s’effacent volontairement donc ceux là sont plutôt des sages à mes yeux.

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