D’après une histoire…

J’attends beaucoup des gens que j’aime. Une fois gagnés ma tendresse, mon respect ou mon admiration, s’ouvre les portes de mon panthéon personnel et ainsi l’accès à un club hétéroclite que j’affectionne tant. J’accorde également une valeur inestimable aux moments de grâce ou de bonheur que je vis grâce à eux.

d'après une histoire vraie, Delphine de Vigan, 2015Aussi, j’attendais beaucoup du dernier roman de Delphine de Vigan. Comme tant d’autres lecteurs, j’avais été séduite par Rien ne s’oppose à la nuit, aspirée par le drame de Lucile, touchée en plein coeur par la souplesse de la plume de son auteur, sa justesse et sa sensibilité. J’avais dévoré ses pages avec passion et je gardais de cette lecture un souvenir très émouvant.

Je n’achetais pas le nouveau, par crainte que la rumeur soit fondée : c’était moins fort que le précédent. Je n’aime pas risquer de recouvrir les beaux souvenirs avec de plus récents, moins ardents.

Et puis je fêtais mes trente-quatre ans et on m’offrit D’après une histoire vraie.

Je lui tournais au tour quelques jours, avant de céder à l’appel de sa couverture noire au titre rouge, de ses photos d’une jeune femme jolie en noir en blanc, qui rappelaient habilement le précédent.

Je lus.

Dans la 3ème partie du livre intitulée Trahison, chère Delphine, chère éditrice et toute autre chère tierce personne ayant relu les épreuves de cet ouvrage, j’ai relevé une coquille. Page 373, l’auteur évoque une maison de plain-pied et huit pages plus tard, sur les lieux, il y a un étage.  J’ai relu plusieurs fois les deux passages mais je suis quasi sûre : il s’agit bel et bien d’une erreur.

Dans un livre basé sur la manipulation et le pouvoir de l’imagination, où le mécanisme subtil de l’écriture plonge le lecteur dans une grande confusion, cette imprécision me déçoit.

Toutefois, j’ai retrouvé ce que j’aime chez Delphine de Vigan, entre autre, cette façon de consigner les détails du quotidien avec une grande justesse, comme cette remarque sur nos petits-déjeuners dont le menu varie au fil des époques de nos vies (dans le livre, c’est mieux dit).

Parfois, j’ai trouvé qu’elle prenait trop son temps, je me suis dit à certaines moments que ce livre, elle l’avait plus écrit pour elle que pour ses lecteurs. Mais j’ai d’admiré comme elle se joue du vrai du faux, comme elle mêle les motifs, tisse les entrelacs, nous sème pour mieux nous rattraper, j’ai envié cette liberté et cette folie de dire et d’écrire.

Je me suis souvenue de cette rencontre il y a deux ans, où elle a posé sa signature sur l’ouvrage qui était le mien, j’ai revu sa silhouette longiligne, elle m’avait fait penser à un héron, élégante, un peu sauvage et gracile. Je l’ai redessinée entre les lignes de sa drôle d’auto-fiction.

Les questions que le roman pose sur la place du vrai dans l’écriture m’ont beaucoup interpelée. J’ai reconnu l’idée qu’à travers l’écriture, la vérité signifie peu de choses, souvent est-ce seulement la version interprétée à travers les filtres que l’auteur place sur les faits, je la partage. Les faits ne sont pas si intéressants pour l’écriture, c’est la manière dont ils sont vécus, perçus, reçus qui donne leur essence.

C’est ce qui nourrit mon appétit d’écrivant, c’est ce qui m’a fait me relever la nuit pour coucher ces quelques mots sur l’écran noir de ma nuit blanche.

Alors, chère Delphine de Vigan, L., cette alter-ego terrible et dévorant, existe-t-elle, se demandent-ils ? Peu m’importe en fait ! En revanche, cette maison, inventée, réelle, ou  ar une autre inspirée, est-elle à étage ou de plain-pied ? Ceci vous auriez dû une fois pour toute le décider, que ce soit vrai ou seulement imaginée. C’est là tout juste votre responsabilité d’auteur.

Malgré cette pointe de déception, comme un nouveau baiser qui n’aurait pas été aussi bon que le premier, j’éprouve toujours, je crois, ce pincement quand je lis Delphine de Vigan, cette envie, ce désir, cet appétit. Alors, pour cela merci.

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Auteur : Lzarama

J'aime la mode, les bons restos, les chats mais ici je n'en parlerai pas. Enfin, je crois.

Une réflexion sur « D’après une histoire… »

  1. Chère Elsa enfin un retour d’écriture, le tien, une incitation à écrire et à lire aussi bien sur. J’étais moi aussi dans une posture attentiste vis à vis de ce dernier ouvrage mais ton texte va dénouer mon blocage , merci Elsa . Et j espère que tes plages blanches de la nuit vont céder a un doux sommeil réparateur . Allez BISES

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