Valentin

Valentin est un jeune homme bien mis. Ongles propres et coupés nets, chemise fraîchement repassée, barbe blonde bien taillée. Il a assurément l’allure d’un saint.

Chaque matin, Valentin se rend à son travail et croise sur ce chemin des milliers de vies. Il aime beaucoup observer les visages, les silhouettes, les allures, les coiffures, les grains de beauté, la couleur des iris, les manteaux, les talons, les écharpes et les mains. Les mains.

Une fois, il en a eu le coeur soulevé. Dans une rame du métro, une femme s’est assise  face à lui. Blonde elle aussi, discrète dans son trench beige, le visage marqué et maladroitement maquillé. Deux mains sur ses genoux posées, dont une. Une main comme il n’avait pas pensé  qu’une femme puisse en avoir, une main déformée, énorme, effrayante. Une main dont son regard, par répulsion puis respect, s’est détaché avant d’y revenir, juste une seconde, à deux ou trois reprises pour être bien sûr de ce qu’il avait vu.

Une main qu’on ne serre pas, qu’on ne caresse pas, une main qu’on ne demande pas, une main qu’on ne baise pas. Une main privée des égards auxquelles les autres ont droit, s’est-il dit un peu plus tard et tristement, ce jour-là.

En épiant les autres, Valentin songe souvent à toutes leurs histoires d’amour. Pas uniquement à celles de la réalité, non, il ne s’attarde pas trop sur ceux qui se cajolent, c’est l’évidence. Il pense plutôt avec une sorte de tendresse à ces nombreuses histoires qui éclatent sans bruit dans les têtes et les coeurs. A celles qui laissent des âmes résignées. A celles imaginaires qui se patinent et s’embellissent au fur et à mesure que se rejouent les séances des mêmes fantasmes.

Il s’amuse à tenter de reconnaître dans l’abysse des silences et des regards perdus les amours frustrées, ratées avant d’être nées, faites de peut-être, de si jamais et de trop tard.

Valentin croit en l’amour de manière absolue, comme les enfants attendent le Père Noël. Ses amis, une meute cynique moderne, se fichent souvent en choeur bien fort de lui pour ensuite le jalouser en silence, une fois chacun retourné dans la solitude de sa vie respective.

Valentin ne se formalise pas, au contraire Valentin insiste : toutes les amours méritent d’exister. Celles officielles, sincères, durables, profondes, lumineuses, solides mais aussi celles silencieuses, tapies dans les recoins des âmes sensibles. Ce sont autant de sentiments qui vivent, qui vibrent comme une onde danse et même s’il entend le rire de la meute rugir à ses oreilles, Valentin sait que dans ce triste monde il n’y a jamais trop de ces sentiments. Si c’est un prétexte, ce n’est pas le pire.

Valentin repense à cette femme blonde, à son trench beige. Pas à sa main.

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Auteur : Lzarama

J'aime la mode, les bons restos, les chats mais ici je n'en parlerai pas. Enfin, je crois.

Une réflexion sur « Valentin »

  1. Merci Valentin(e) pour ton regard tres humain très enfantin aussi . Un nouvel œil qui te permet de te propulser dans la vie quotidienne selon tes propres sensations. Bises Valentin(e) du 14 fevrier

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