J’ai lu la petite femelle

Hier soir, j’ai refermé la petite femelle, dernier ouvrage de Philippe Jaenada. Je suis encore émue et un peu triste.

J’ai lu ce livre à un rythme particulier, dévorant ses pages un jour, m’arrêtant à chaque phrase le suivant. Une fois, je l’ai oublié sur le caisson de mon bureau un vendredi soir, le drame. Souvent, il a pesé lourd dans mon sac et parfois je l’ai lu debout dans le métro alors qu’il pèse sept-cent pages.
Je n’avais pas envie de quitter Pauline même si l’issue était absolument inexorable (la fin du livre comme son destin tragique). Par-delà le temps, Philippe Jaenada a fait un cadeau précieux à cette femme originale, incomprise et mal aimée en lui offrant toute entière son empathie et son talent. Grâce à lui, j’ai fini par l’excuser d’avoir occis Félix. Je suis certaine que je ne suis pas la seule.
Je ne connaissais pas l’affaire Pauline Dubuisson. Pour moi, Pauline est née à travers le formidable travail de réhabilitation de Philippe Jaenada. Je ne l’ai pas découverte ensevelie sous l’opprobre de la meute cruelle (waouh ça fait dramatique comme tournure, mais franchement c’est bien de cela qu’il s’agit) mais à travers les yeux tendres et compréhensifs de l’auteur. Philippe Jaenada a voulu comprendre Pauline et nous  embarque avec lui.
Si, simple lectrice, j’ai eu du mal à conclure l’histoire, je me suis demandée comment l’auteur, l’enquêteur, le spécialiste ès-fouille méticuleuse de la vie de Pauline, chasseur de vérité, pourfendeur de conneries et de clichés, lui, a pu la quitter.
En fait, ce qu’il ressent lorsque cela s’arrête ressemble plus à du soulagement qu’à une peine de coeur. Malgré sans doute l’émotion intense,  ce fil tendu entre le passé et le présent, il s’est livré à un travail, à une somme monstrueuse de travail pour atteindre son but. C’est finalement plus simple d’en finir. C’est un ballon coincé à l’intérieur qui se dégonfle. Ouf, il respire.
Philippe Jaenada aime Pauline à sa façon, j’en suis certaine. A la fin, toute fraîche dans ma mémoire, il dit que malgré tout ce qu’il a appris à son propos, certaines choses lui échapperont à jamais, comme le son de sa voix. Moi, la voix de Pauline je l’imagine un peu rauque et grave.
Pauline, à travers lui,  est devenue dans ma tête une sorte de Katharine Hepburn. Katharine Hepburn a  écrit une lettre à Spencer Tracy des années après sa mort. Il y a des choses qui ne s’oublient jamais et méritent d’être dites, même si l’on sait qu’il est trop tard. Comme Philippe Jaenada l’a fait avec Pauline.

pauline andrée dubuisson
Pauline Andrée Dubuisson
Je lui dis merci pour elle mais aussi merci pour moi et les femmes dans mon genre. Je suis née forte, assez libre et parfois inconséquente. Je n’ai jamais payé cher le fait de n’en faire qu’à ma tête quand l’envie m’en a pris. J’ai toujours essayé d’être consciente de cette veine et qu’il n’y a pas si longtemps, ce n’aurait pas pu être si simple. Son ouvrage me l’a encore rappelé.
Cela va bien à Philippe Jaenada de s’intéresser aux autres. Il y a des années, je l’avais découvert dans le registre de l’auto-fiction avec le Chameau Sauvage puis Plage de Manacorra, 16h30, il m’avait séduite par son ton personnel, drôle, absurde et attachant. Il m’a conquise de nouveau :  Philippe Jaenada parle aussi très bien des autres, avec une distance respectueuse et suffisamment d’humour et de tendresse pour aider à faire passer les pires des pilules.
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Auteur : Lzarama

J'aime la mode, les bons restos, les chats mais ici je n'en parlerai pas. Enfin, je crois.

Une réflexion sur « J’ai lu la petite femelle »

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