Transfert

Au soir du 23 avril dernier, un peu avant 20h, je me suis posée deux questions aussi superficielles que fondamentales : qu’est-ce-qu’on allait boire et comment supporterait-on la curée médiatique et l’espèce de chaos social qui nous attendaient ?

Une semaine s’est écoulée et j’ai répondu avec les moyens du bord à mes interrogations : pas mal de bulles finalement pour la première, beaucoup de distance et de nourritures spirituelles pour la seconde.

Pour me tenir suffisamment éloignée du marasme, sans toutefois fermer totalement les écoutilles, je me plongeai dans la lecture, la musique… et les podcasts. Un genre auquel je n’ai accordé jusqu’à présent, à tort sans doute, qu’un intérêt restreint pour ne pas dire inexistant. Mais un temps de trajet parfois trop long à mon goût et le besoin manifeste d’une échappatoire de plus (même si ma capacité à écouter en boucle les mêmes morceaux de musique est rudement développée) m’ont conduit à apprécier ces parenthèses sonores, ces dégustations auditives impromptues.

Transfert est un podcast de Slate.fr, le podcast de l’intime. Le concept tiendrait sur un post-it : des anonymes racontent des épisodes marquants de leur existence, leurs histoires vraies. Comment une rencontre ou un événement d’apparence anodine ont été parfois lourds de conséquences ou ont bouleversé une forme d’ordre établi. C’est drôle, d’autres fois poignant, toujours empreint d’une justesse touchante. Ce n’est jamais voyeur, ni racoleur car la manière dont ces gens parlent d’eux et des autres, dont l’ensemble est monté et mis en musique confèrent au programme un niveau d’intelligence émotionnelle rare. Je suis tombée sous le charme de ce podcast, de chacune de ces personnes qui raconte une tranche de vie exceptionnelle, comme il nous en arrive pourtant forcément un jour à tous.

Découvrir ces intimités, sur lesquelles un voile est quelques minutes levé, s’apparenterait à croiser des silhouettes inconnues en ayant la faculté de lire en eux d’un seul regard et un court instant leurs secrets, les anecdotes qui les ont ébranlées.

Se rappeler que si nous sommes une masse  parfois terrible, capable d’erreurs, d’horreurs, prédisposée au tumulte, traversant une époque dont s’exhale l’odeur parfois putride de la fin d’un système, nous sommes aussi la somme d’individus touchants, sensibles, aimants, connectés les uns aux autres par nos émotions, nos ressentis, nos sentiments a, pour moi, quelque chose d’apaisant, de rassurant. Ce podcast est du baume à l’âme en ces temps agités.

Vous savez donc ce que je vous recommande de faire si, paresseux, préoccupé ou désoeuvré, vous avez trente minutes à écouler.

Transfert-Slate

Publicités

Aujourd’hui…

Aujourd’hui, j’ai reçu un petit paquet.

Ce n’est pas un joli mot « paquet », ça m’évoque quelque chose de lourd, d’encombrant, d’un peu disgracieux. Et puis, pour être exacte, je ne l’ai pas vraiment reçu aujourd’hui. Il était déjà dans la boîte aux lettres hier, c’est seulement que le courrier n’avait pas été relevé.

Donc, je recommence. Aujourd’hui, j’ai trouvé et ouvert un précieux petit colis.

La vie est faite de grands chambardements parfois et, plus souvent, de toutes petites choses, d’une somme infinie de gestes discrets et silencieux, tel le mouvement souple d’une main qui dessine au stylo bille les lettres d’un prénom sur le recto d’une enveloppe.

Cela peut sembler presque rien mais, ce matin, l’idée même de ce geste fait pour moi, m’a émue. D’aucuns diraient que je suis trop sensible, sans doute à raison. Mais bon.

Recevoir cet envoi – un livre et un disque et une carte avec un petit mot tendre – m’a fait l’effet  d’une flèche fichée en plein coeur. J’ai imaginé ce livre choisi à bon escient, en écho à des conversations passées, cet album saisi sur l’étal d’un disquaire avec le souhait qu’il me plaise, les mots rédigés avec délicatesse sur un petit carton rose puis ce même petit carton glissé dans son enveloppe bleue.

L’existence recèle parfois des trésors de douceurs et ce matin j’en ai déniché un dans la boîte aux lettres.

 

De l’inspiration

Parfois, je me relève la nuit pour noter rapidement une phrase, une suite de mots qui sonnent bien tandis qu’ils forment une boucle dans ma tête. J’ai peur de l’oubli, inéluctable. 

A d’autres moments, cela sort immédiatement : c’est un jaillissement, j’expulse ce qu’il y avait coincé là à l’intérieur, entre le coeur et la gorge, je le modèle pour lui donner une forme intéressante, parlante, moins intime aussi peut-être. 

Enfin, de temps en temps, rien ne vient, alors je cherche des idées parce que l’envie est plus forte que tout : je compulse des notes prises à propos de n’importe quoi, je regarde des images, celles postées sur mon fil Instagram, les articles aimés ici là ou ailleurs, j’écoute de la musique, celle que je connais bien et me renvoie vers la malle déjà chargée de mes souvenirs ou bien de l’inédit pour plonger dans des univers inconnus. J’essaie de faire avec tout cela le plus intéressant des collages.

Ce soir, je lis et relis cet extrait de Proust découvert dans un ouvrage récent et qui me laisse si songeuse, je scrute ma photo de cette plage catalane, celle de Calella de Parafrugell, le long de laquelle je me baladais au soleil, il y a à peine trois jours, je réécoute Maarten, un groupe rouennais dont Internet ne semble plus vraiment avoir entendu parler depuis 2006.

Je me dis que c’est bien dommage que Maarten n’ait pas continué à dérouler ses mélodies, que Proust avait une conscience aiguisée de l’humanité et je me demande qui sont ces gens figés alanguis là, profitant, à l’instant où je les capture, d’une pure forme de détente, être à la plage, quels sont leurs secrets, leurs petites hontes, les joies et les chagrins sur lesquels ils ont dû jeter un mouchoir, qui est cet homme en bas à droite de l’image, celui qui quitte la plage en se passant la main dans les cheveux avec désinvolture , s’il va rejoindre quelqu’un qui l’attend, s’il fuit nonchalamment, s’il va revenir plus tard, s’il en a envie ou pas.

Et puis, je découvre une jolie chanson…

Des rôles à jouer

Mercredi soir, à la fin d’une journée historique, je suis allée assister à un débat retransmis sur les réseaux sociaux entre des citoyens et un candidat à la course à la présidence. Un candidat qui ne sera pas élu,  sans aucun suspense, ni à la tête de l’Etat ni même avant, puisqu’il devrait déjà passer le cap des primaires des Républicains.

J’ai traversé Paris, quelques questions notées sur un cahier, déterminée.

 

Je suis sortie de cette émission dépitée et pas seulement à cause des trombes d’eau qui m’ont barré la route jusqu’à la station de métro. Je suis sortie déçue parce qu’à la fin de cette triste journée de Novembre qui a vu les électeurs américains choisir de se faire gouverner par un épouvantail, je me suis aperçue que j’avais fondé beaucoup d’espoir en la possibilité d’une expression démocratique.

La promesse était alléchante : aborder sans filtre et en comité restreint un candidat à l’élection de 2017, envers laquelle un nombre croissant de gens éprouve une inquiétude plus ou moins forte mais très réelle désormais.

Peu importait le candidat, je voulais entendre une voix. Comprendre ce qui nourrit tant d’ambition et si, à la lumière d’une élection dont le verdict nous ébranle encore un peu davantage, il était possible de sortir des rails, d’aller un peu plus loin et de proposer de réponses neuves ou différentes, concernées.

Mais non : d’une part, un candidat à l’agenda minuté, rôdé aux meetings de campagne, aux serrages de paluches et aux questions vagues, balayant en quelques phrases l’état de la gent politique et les menus soucis du quotidien, généreux en matière de regards pénétrés et de l’autre un auditoire pavoisant, si fier de tendre des pièges rhétoriques à un énarque, des vrais-faux citoyens grandes gueules posés-là un peu exprès, parfois même légèrement condescendants. Je nous ai tous trouvés bien moyens. Je nous ai trouvés en dessous, nettement, du défi qu’il faut relever pour espérer une lueur d’espoir au bout de cette obscurité, enferrés dans des stéréotypes grotesques malgré une situation dégradée.

Je n’ai pas ouvert mon calepin, je n’ai pas pu, pas su trouver le moment où aborder mes questions à travers des thèmes que je n’ai pas entendu posés par les autres, ni leurs réponses évoquées par le candidat, qui nous a beaucoup renvoyé à son programme de 1012 pages.

Je suis sortie, il pleuvait à torrents, je n’avais pas de parapluie, il était presque 21h et il faisait nuit d’encre. J’ai marché très très vite. En chemin, beaucoup de travaux, je ne savais pas où m’avancer pour traverser et un panneau sens interdit, barré du mot Paix. Je l’ai pris en photo et je me suis dit, un peu mélancolique, que ce n’était certainement pas pour demain.