Amélie

En rentrant dans le wagon, je la vis assise là, plongée dans ses pensées. Je la reconnus immédiatement, elle n'avait pas beaucoup changé. Ses cheveux étaient plus longs, caressaient ses épaules. J'avais envie d'en savoir plus mais sans qu'elle me voit. Parce que c'est plus simple comme ça. Parce que parfois on a simplement envie d'assouvir la pointe de curiosité qui nous pique, sans soi-même se raconter.

Je l'avais bien connue dix ans avant et notre amitié, maintenant les années passées, me semble aussi intense que fugace, à peine le temps d'apprendre à se connaître sur les bancs de la fac qu'un coup du sort réduisit en poussière ce que nous avions partagé. Je l'avais recroisée par hasard un peu plus tard. Et là, maintenant. Les fantômes du passé nous renvoient à des épisodes oubliés, à ce que l'on était alors, à ce que l'on est devenu. J'étais une jeune vingtenaire aux cheveux courts et roux, je ne savais pas trop qui j'étais, ni ce que je voulais, à part lire, regarder des films, découvrir Paris, profiter de la fraîche liberté facilement acquise. J'ai 30 ans désormais. J'ai traversé de multiples épisodes, plus ou moins glorieux, plus ou moins heureux qui m'ont sans doute fait gagner un peu en épaisseur. J'aime toujours lire, regarder des films et (re)découvrir Paris…

Amélie, en jean baskets ce matin-là, a 30 ans, comme moi. Nous sommes descendues à la même station, j'ai laissé la foule travailleuse pressée remplir la faille du hasard creusée entre elle et moi…

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Black cabs

J'étais à Londres la semaine passée, à titre professionnel. Je ne me déplaçai donc qu'en taxi. Et ce petit luxe fut l'occasion de drôles de moments, bien plus animés que ceux que me réservent habituellement les homologues français de ces sympathiques chauffeurs.

Acte I : I like pink

M'attendait un chauffeur d'une compagnie privée : Pink Express. Descendant de l'Eurostar, j'imaginai un court instant une diligence rose avec plumes et fanfreluches.  Rien d'aussi exotique ma foi : le côté pink ne se traduisant que par une belle cravate arborée par le taxi. Il ne pleuvait pas à ce moment là sur Londres et rouler dans la ville aux beaux jours, de King's Cross à London Bridge, constituait pour moi un petit plaisir avant que ne commence l'effervescence liée à mon travail.

Le chauffeur démarra la berline et la conversation : quel temps faisait-il à Paris ? Le sentant d'humeur loquace, je saisis la balle au bond. Il me raconta sa petite maison du côté de Marne la Vallée dans laquelle il allait chaque été, sa résidence dans le Kent, sa fille adolescente désireuse de découvrir le monde, ses 70 heures hebdomadaires de travail. Ce rôle de taxi chez Pink Express n'était qu'un extra pour arrondir les fins de mois alors qu'il était déjà manager dans une boutique. Il me parla de ses nuits courtes, 4 ou 5 heures de sommeil, pas plus, semblant lui convenir. . En vingt minutes de trajet ou un peu moins, il me dressa le tableau de son existence…

Acte II : Black cab & lost phone

Le surlendemain, je devais filer très vite du Borough Market à Covent Garden. Après une course échevelée pour attraper un taxi parmi la circulation dense d'un samedi après-midi, l'on nous déposa, une de mes collègues et moi, près du Strand. Pendant le trajet, j'avalai avec gourmandise une barquette de fraises avec sa crème fouettée à l'anglaise qu'un restaurant m'avait gentiment donné en doggy bag. En sortant de la voiture, il faut croire que je fis plus attention à mon dessert qu'à mon téléphone qui échoua sur la banquette du taxi, tel un pauvre négligé. Près de cinquante appels frénétiques à mon numéro plus tard, le chauffeur décrocha. Certes, il me traita de "silly lady" mais vint me rapporter là où il m'avait déposé le précieux égaré.

Acte III : J'ai deux amoouuurs, mon pays et puis Londres !

Vint l'heure du retour. Je sortis de l'hôtel avec ma valise à roulettes et un petit parapluie à pois bleus que l'on m'avait donné tandis que s'abattait une averse aussi courte que violente sur la ville. Je sautais dans un taxi et rencontrais alors un sacré numéro. Il repéra bien vite mon french accent (je fais ce que je peux…) et tenta de saisir quel genre de femme française j'étais. Il rêva un instant que j'étais une femme très riche, me demanda si j'allais en vacances à Juan les Pins (en français dans le texte), si je vivais Boulevard St Germain… A chaque réponse négative, il partait dans un grand éclat de rire. Il poursuivit en me demandant si je dansais et si oui, était-ce un peu à la manière de Joséphine Baker…

Ces trois moments ponctuèrent mon séjour à Londres et furent des petites parenthèses dans le cadre d'un séjour professionnel. Merci gentlemen !

Brand dropping

Dimanche, dans le RER – car dans ma nouvelle vie, j'en suis une usagère régulière – alors que pesait sur mon épaule le poids d'une jardinière, que je transpirais un peu, moite d'avoir arpenté les couloirs des stations de transport parisien, je croisais quelqu'un.

Ce quelqu'un était une espèce de rasta, locks épaisses et baggy de rigueur, il avait sur le dos un sac Paul Beuscher et à la main un parapluie. Je remarquais en particulier ce dernier accessoire car il arborait la marque de l'entreprise que je vais bientôt rejoindre.

Sacré hasard pensais-je… Comment ce parapluie était-il parvenu dans les mains de cet homme ? En effet, il ne correspondait en rien à l'image toute faite du client de cette enseigne. Ma tête, farcie de clichés ? Je ne saurai jamais…

N'empêche que je vis comme un petit clin d'oeil ce dimanche soir face à la nouvelle étape qui m'attend…