La Campana

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Trois matins de suite, j’ai pris mon petit déjeuner là, debout, accoudée au comptoir de cette vieille et jolie boulangerie, la Campana, à Séville.

Cette photo est celle du premier matin. C’est vendredi, il est aux environs de neuf heures, il y a du monde, des gens qui vont peut-être travailler, faire des courses ou qui profitent simplement, peu de touristes. C’est toujours une victoire, quand on est soi-même touriste, que de se retrouver dans un endroit où justement il y en a peu.

Je trouve un petit côté Hopper à cet instant saisi, ces silhouettes tournées pleines du mystère de leurs quotidiens, en particulier la dame la plus petite, celle presque au centre, et on chapeau tout droit extrait d’un autre temps. Sa tête légèrement penchée, ses coudes appuyés, sa veste cintrée : ces détails font d’elle mon personnage préféré.

C’est le premier jour, celui de la découverte,  il s’agit d’être discret, observateur, prudent, de se fondre autant que faire se peut dans le joli décor, malgré l’appareil photo en bandoulière et le guide en français posé sur le bar. Je tente d’ailleurs sans réfléchir de le cacher, vainement.

IMG_2883 Le deuxième jour, on y va un peu plus confiant. Je bredouille avec plus d’aplomb que la veille quelques phrases en castillan. Le serveur n’est pas le même, il est bien plus gentil que celui du jour précédent.

C’est drôle de constater à quel point une fois qu’on a mis les pieds quelque part, on y fixe ses marques.

Je commande le même café serré, le même jus d’oranges pressées, je choisis une autre sorte de petit pain, histoire de varier.

Avant de partir, on demande au serveur de prendre la pose pour immortaliser sa dégaine. On ose, il est si aimable.

Au final, ce ne sera pas une photo réussie. Il y a son collègue que l’on devine trop derrière, lui, le sujet principal n’est pas bien au centre de la photo, le cadrage est moyen, il est un peu trop loin.

Mais qu’importe, ce n’est pas ce qui compte. Il y a quand même de la tendresse dans cette image et c’est la chose que je distingue le plus nettement quand je la regarde de nouveau.

Et le troisième matin alors ? Eh bien le troisième matin, je commande de nouveau le café serré, le jus d’oranges pressées. Pour la nourriture, j’opte pour le choix du premier jour, une petite brioche pas trop dense, un peu sucrée, que le serveur, avant de me l’apporter, coupe délicatement en deux, tartine d’un coup de couteau rapide d’un peu de margarine puis la fait griller quelques secondes sur le feu. Et là, en la dégustant, j’oublie tout bonnement de prendre une photo.

New York, la quête des sens

Il m'a fallu un peu de temps pour atterrir. Un peu de temps pour que la somme de mes impressions si dense s'agrège afin de former le résultat que je vais restituer ici.

J'ai cherché un angle pour évoquer au mieux ma semaine new yorkaise. Je crois que  solliciter chacun de mes sens, en alerte au coeur de cette incroyable cité, reste le meilleur des ressorts.

La vue

La skyline de Manhattan qui s'apprécie à sa pleine mesure lorsqu'on a traversé le Brooklyn Bridge et que l'on est de l'autre côté de la rive. J'ai pris trois fois de la distance pour regarder l'assemblage incroyable et irréel des gratte-ciel, qui ne m'ont jamais mieux semblé avoir porté leur nom.

Manhattan vu d'en haut est toute aussi intéressante : aller se percher au sommet (ou presque, le 86ème étage c'est déjà bien !) de l'Empire State Building est un classique immanquable. Mesmerizing! Il n'y a pas de mot aussi exact en français, je crois. De nuit, c'était  somptueux et drôlement poétique.

 

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L'ouïe

Etre en haut de l'Empire State, ce n'est pas uniquement en prendre plein les yeux mais également faire travailler son ouïe. L'on entend de là-haut comme en sourdine le bruissement de la ville. Si intense, touffu, avec ses coups de klaxons pourtant normalement punis par une amende, ses sirènes hurlantes si pittoresques à l'arrivée et qu'on ne remarque plus, selon mes hôtes; très rapidement… La clameur de la ville s'estompe pour former un brouhaha diffus et unique : The Sound of New York!

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Le toucher

New York,  si elle était une matière, aurait le douceur du pelage d'un écureuil ! Comparé aux souris et aux rats de la capitale française en raison d'un nombre aussi conséquent par les habitués des deux cités, l'on ne peut trouver que beaucoup plus mignon et attendrissant la petite bête à l'agilité remarquable. Ils peuplent l'immense Central Park bien entendu mais colonisent aussi les moindres espaces verts et les premiers écureuils que je vis farfouillaient dans le tapis de feuilles tombées aux alentours de Washington Square.

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 L'odorat

Indéniablement la cannelle ! Elémént indispensable de l'attirail des fêtes de fin d'année, le balai à la cannelle, disponible en plusieurs tailles, distille son parfum et transforme tout bon intérieur américain en petite bonbonnière festive ! Convaincu par  cette réclame ? Noël à New York conserve de la magie même pour les plus grands, entre les volontaires de l'Armée du Salut qui mettent du coeur à entonner les plus célèbres Christmas Carols pour appeler à la générosité, les guirlandes lumineuses à peu près partout, les sapins tellement mieux décorés que par chez nous, soyons francs, les déguisements du personnel même à la supérette, le rayon de dingo consacré aux accessoires festifs pour nos amis les bêtes… et j'en oublie sûrement…

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Le goût

Forcément, j'allais finir par ce sens là. Celui sollicité avec le plus de précision et de raffinement. Car, je suis parfaitement d'accord avec mes hôtes, les repas sont une affaire sérieuse et quitte à pratiquer la chose plusieurs fois par jour, autant le faire avec curiosité et envie. La liste des délices que New York a réservé à mes papilles est longue, elle commence par le petits pains chauds tout droits sortis du four concoctés par mon amie, se poursuit avec les meilleurs bagels, cheeseburgers, falafels, cheesecakes que l'on puisse trouver (et la notion de meilleur est souvent matière à débat animé !) , s'interromp avec le délicieux et politiquement incorrect sandwich de glace au cookies (dégusté dehors par 5 degrés, oui, oui) et s'achève avec une découverte, le brisket, de la viande de boeuf cuite à basse température des heures et des heures durant, fondante. Et encore, je suis repartie quelque peu frustrée de ne pas avoir eu plus de repas pour encore plus de découvertes gourmettes ! Oui, oui, je sais…

 
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New York, toi et moi, l'on se reverra…

New York New York

IMG_2229 - copieLorsque je suis arrivée sur le sol américain, ma première impression fut à l'opposé de mon imagination.

J'attendais mes amis qui avaient gentiment proposé de venir me chercher. A la descente de l'avion, j'avais emprunté d'étroits escalators et après avoir passé avec une rapidité déconcertante le contrôle de sécurité, j'avais guetté leur arrivée, postée dans une sombre zone d'arrivée souterraine, étriquée, au plafond bas et à l'horizon bouché. Bref, rien n'était comme je l'aurais cru.

J'attendais donc mes amis. J'avais pris la décision de ne pas toucher une cigarette pendant cette semaine new yorkaise. Cette attente était le premier danger capable de faire vaciller ma motivation. Seulement, je n'en avais pas dans mon sac. Cinq minutes s'étaient écoulées et les jeunes femmes qui m'entouraient dans l'avion étaient déjà parties vers leurs chemins respectifs. A ma gauche, s'était installée une française jeune, un peu nunuche, au moins d'apparence. Elle avait tenu avant le décollage une longue conversation téléphonique avec un ex auquel elle semblait fort attachée et à qui elle avait fini par extorquer l'aveu de son amour, même si, avait-elle souligné avec pertinence il l'aimait tout en couchant chaque jour avec une autre. A ma droite, l'archétype de la new yorkaise : une brune trentenaire, classe, robe, bottes, collants. Elle avait visionné tous les films en costume disponibles dans le programme et avait feuilleté avec ostentation son numéro du New Yorker. Mais sa vraie bizarrerie notable avait été de placer son manteau dans un sac poubelle avant de le ranger dans le compartiment à bagages, au dessus de nos têtes. A la sortie du vol, elle avait hélé l'un des célèbres taxis jaunes tandis que notre frenchie un peu vulgaire errait dans le terminal dans l'attente d'une correspondance.

Je n'avais mis que vingt minutes à m'extraire du 767 et à franchir la barrière des formalités d'arrivée. Je n'en revenais pas. Epatant.  Non loin de moi, se tenait un monsieur d'une cinquantaine d'années une feuille A4 entre les mains sur laquelle une main appliquée avait tracé au feutre "Benvenuti à Fabio, Luca, Michel". Il n'était pas si proche que cette attention aurait pu le laisser croire puisque lorsque les trois larrons avaient surgi, c'était seulement une poignée de mains qu'ils avaient tous échangée. Enfin, non. Le troisième avait peut-être décidé de réchauffer l'atmosphère  rapidement car il avait fini par prendre son comité d'accueil dans ses bras. A côté de lui, une jeune femme avait un ballon délicatement attaché autour de son mince poignet patientait, scrutant l'écran annonçant les arrivées. Je n'osais trop bouger de ma place, je prenais goût à cette observation.

La serveuse du Dunkin Donuts, face à moi, préparait des bagels et cette vision aiguisait mon appétit. Je doutais toutefois de cette sensation car la fatigue fausse toujours mes sensations. Le ballon s'était retourné au gré d'un courant d'air causé par les portes automatiques. "Welcome" scintillait en couleurs et en paillettes sur la surface lisse, rose et dodue. Etait entretemps arrivé un épouvantail à marques : Isabel Marant, Chanel… une doudoune… une quoi ? Une Moncler sans doute ! Elle semblait atendre également mais quoi ? Qui ? En sirotant son black coffee de chez Dunkin Donuts, elle rajusta sa chapka grise,à crête (de coq ?) et sa paire de lunettes de soleil (très utile pour un sous sol d'aéroport). Une silhouette hors de mon champ de vision avait retenu son attention et son iphone dans une main, son gobelet dans l'autre, elle avait filé sur ses échasses. 

J'assistais à l'arrivée d'un autre gros porteur et à une seconde vague dense de retrouvailles plus ou moins chaleureuses. L'épouvantail à marques revint, un sac Vuitton (what else ?) à bout de bras. Ma fille au ballon avait disparu sans que je m'en fus aperçue, décevant.

Les zones d'attente et de transit d'un aéroport ou d'une gare sont de fascinants terrains d'observation mais ce jour-là, ce qui m'importa fut l'arrivée de mes amis et l'aventure new yorkaise qui s'ensuivit et que j'évoquerai un peu plus tard ici.

 

 

Vacances en différé – 1 sur ?

A l'heure où je vous écris, rares lecteurs, la machine à laver tourne, je profite paresseusement des heures de vacances – les heures vacantes, en effet – qu'il me reste et je jette un oeil à mes marques de bronzage en étant déjà un peu triste de savoir que bientôt elles s'effaceront, comme s'estompera aussi le puissant parfum des congés.

Mais c'est ainsi et j'essaie de retenir à travers les mots, toutes les images emmagazinées, toutes les impressions, tous les sentiments. Enfin, toutes, tous… je m'enflamme… mais tout de même: l''été 2012 fut riche et je m'en voudrais de le laisser totalement filer directement dans la catégorie souvenirs.

Là-bas, loin, à 10 000 kilomètres, j'ai noirci bien des pages que je vais essayer de restranscrire ici. Ce seront donc des notes en différé, extraites, adaptées  ou inspirées de mon Moleskine.

Un voyage, c'est une quantité infinie d'images puisque par essence il appelle le mouvement et la rupture avec le quotidien. Mais avant les paysages et les visages, les rencontres, les déconvenues et les jolies surprises, il y a le déplacement. Ce sas qu'est le transport, surtout quand il emporte loin et consiste, en l'occurence, en un long trajet en avion.

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Des heures et des heures d'avion, surtout quand on a oublié son somnifère, sont la somme de plein de petits moments socialement étranges. C'est vrai, entassés, plongés dans l'obscurité, à picorer des plateaux composés de nourriture aux textures bizarres et aux goûts les plus neutres possibles, les yeux rivés, trop près, sur un  petit écran quadrillé, nous sommes dans un état second. C'est l'occasion de quelques séances de rattrapage  le moment idéal pour mater ces films qu'on a ratés et/ou qu'on aurait honte d'aller voir sur grand écran, par exemple.

A l'aller, je vis donc Radiostars, La délicatesse, l'Amour dure 3 ans.

Je passerai sur le premier qui, telle la nourriture de l'avion justement, ne m'a  laissé aucun goût particulier mais que je n'ai pas eu trop de mal à digérer non plus. Ca se regarde mais je pense que je ne suis pas du tout la cible. Petit "feel good movie" destiné à séduire surtout les 12-24 ans, ce n'est pas méchant et Clovis Cornillac prouve une fois de plus qu'il n'est pas un bon acteur (Manu Payet non plus d'ailleurs, mais à la différence du premier, je ne crois pas qu'il l'ait jamais prétendu…). A sa décharge, il n'y a pas grand chose à jouer. C'est léger comme un trou d'air et ça se regarde comme le visage d'une l'hôtesse de l'air.  On a envie de sortir le petit sac à vomi lors de la scène où le rappeur se tranforme en poetic lover folklo-folk dans un Mac do, mais sinon ça va.

La délicatesse… ah la délicatesse… Elle est bien présente tant et si bien qu'on a l'impression de regarder le film à distance à travers des jumelles de théâtre. Et puis ça sent trop fort l'adaptation de roman, jaurais presque aperçu en transparence les sauts de ligne et la pagination ! En visionnant ce film, je me suis dit tout du long "oui, le bouquin doit être pas mal, je comprends qu'il ait marché". Mais 1) je n'ai pas cru une seconde qu'Audrey Tautou et Pio Marmaï aient pu s'appeler Nathalie et François, c'est idiot peut-être mais ils ne sont pas des Nathalie et des François, avoir choisi la réplique physique frenchie d'Audrey Hepburn, à jamais Amélie Poulain dans l'imaginaire collectif et un beau gosse mal coiffé juste ce qu'il faut pour incarner une Nathalie et un François, je n'ai pas trouvé ça  bien trouvé. Alors si Pio était là pour faire contrepoids avec (le vrai…alors que dans le film, il s'appelle Markus, pour ceux qui suivent) François Damiens (le beau vs la bête pour grossir le trait), moui… mais bon.

Et puis l'Amour dure trois ans. Je ne l'ai pas lu mais un ou deux autres de Beigbeder. L'esprit des livres est respecté (d'ailleurs le film est réalisé par l'auteur, comme dans le cas de la Délicatesse), ne me manquait que la scène où le héros sniffe un rail de coke sur le capot d'une Aston Martin devant le Baron pour que ce soit parfait ! Gaspard Proust est un Marronnier-Beigbeder parfait, horripilant, snob et parisien juste comme il faut. Joey Starr est le super pote décalé idéal même s'il donne surtout l'impression d'être là pour la déco. Et Louise Bourgoin… Ah Louise Bourgoin ! Si j'avais aimé les femmes, j'aurais cherché à la séduire, rien de moins. Autant je ne l'aimais pas trop en Miss Météo, autant à l'écran, je la trouve belle, pleine d'énergie, bref, on l'aura compris, follement séduisante. Le récit comporte quelques trouvailles aussi charmantes que son héroïne comme la mise en images de l'attente d'un rendez-vous ou comment, dans une fébrile impatience, on imagine les choses selon différents scénarios qui auront pour point commun de ne jamais se produire exactement en vrai.

Bref, parmi ces 3 films, ces 3 bulles récréatives dont on n'attend pas plus dans ce genre de moment, coincé au coeur d'un appareil volant, que de nous faire passer le temps, ma préférence très nette est allé au dernier parce que j'y ai trouvé un peu de plaisir, un peu plus que dans le plateau repas.

La critique de films dans l'avion, ça ne peut pas devenir un vrai métier ??

La prochaine fois, je parlerai vraiment du voyage, ou bien avant des livres qui m'y ont accompagnés…