Living ULTRALIFE

Je ne suis pas une fan girl. Mais quand j’aime, c’est pour de vrai.

En 2015, j’ai découvert Oh Wonder. Je ne sais plus comment, sans doute en lisant une critique dans l’une des bibles du bon bobo, Télérama, je crois. Une jolie chronique, les portraits bien croqués d’un duo enchanté, la promesse d’une pop stylée : il ne m’en fallait pas davantage pour avoir envie de succomber.

Du miel, du sirop, de la douceur soit mais aussi suffisamment de caractère. Je crois avoir commencé à me délecter de leurs sons avec Livewire :

Et puis il y a eu Drive, Lose it, Without You (leur plus gros hit à ce jour sans doute ?), White Blood… J’ai aimé les voix en choeur, les mélodies, le charisme évident – le minois à la Hepburn de Joséphine, la carrure de super héros d’Anthony…- et leur manière de raconter leur musique.

Pour le premier album, ils ont commencé à enregistrer et diffuser, sans encore de label, un titre par mois dès septembre 2014, formant un album complet un an plus tard. Stratégie marketing ou démarche artistique ? Peut-être un peu des deux ? Les sites musicaux où l’on parle d’eux ne me le disent pas. En tout cas, ce choix s’est avéré payant, le buzz enflant sûrement autour de leurs compositions.

Un brin soporifique pour certains, follement romantique pour d’autres, il n’empêche qu’avec douze titres, ils ont réussi à tourner autour du monde, à vivre leur révolution en à peine deux ans.

Fin mars, nouveau cycle, ils annoncent un deuxième album et commencent à en partager de premiers extraits. C’est un peu moins sirupeux dans l’ensemble mais ma préférence parmi les trois titres aujourd’hui disponibles va à celui qui m’émeut, me touche, fait vibrer quelque chose là, au fond, tu vois… il est l’un de ces genres de chansons à cause desquels je ne pourrais me passer de musique, parce qu’elles rendent un peu rêveur et mélancolique, qu’elles transportent, qu’elles effacent tout le reste… même si c’est seulement pour 4 minutes 54 secondes.

Leur nouvel album s’appelle ULTRALIFE et je crois qu’ils n’ont pas fini de me plaire, eux, leur petite musique et l’histoire qu’ils tissent autour…

Je ne suis pas une fan girl mais j’aime vraiment Oh Wonder.

Des rôles à jouer

Mercredi soir, à la fin d’une journée historique, je suis allée assister à un débat retransmis sur les réseaux sociaux entre des citoyens et un candidat à la course à la présidence. Un candidat qui ne sera pas élu,  sans aucun suspense, ni à la tête de l’Etat ni même avant, puisqu’il devrait déjà passer le cap des primaires des Républicains.

J’ai traversé Paris, quelques questions notées sur un cahier, déterminée.

 

Je suis sortie de cette émission dépitée et pas seulement à cause des trombes d’eau qui m’ont barré la route jusqu’à la station de métro. Je suis sortie déçue parce qu’à la fin de cette triste journée de Novembre qui a vu les électeurs américains choisir de se faire gouverner par un épouvantail, je me suis aperçue que j’avais fondé beaucoup d’espoir en la possibilité d’une expression démocratique.

La promesse était alléchante : aborder sans filtre et en comité restreint un candidat à l’élection de 2017, envers laquelle un nombre croissant de gens éprouve une inquiétude plus ou moins forte mais très réelle désormais.

Peu importait le candidat, je voulais entendre une voix. Comprendre ce qui nourrit tant d’ambition et si, à la lumière d’une élection dont le verdict nous ébranle encore un peu davantage, il était possible de sortir des rails, d’aller un peu plus loin et de proposer de réponses neuves ou différentes, concernées.

Mais non : d’une part, un candidat à l’agenda minuté, rôdé aux meetings de campagne, aux serrages de paluches et aux questions vagues, balayant en quelques phrases l’état de la gent politique et les menus soucis du quotidien, généreux en matière de regards pénétrés et de l’autre un auditoire pavoisant, si fier de tendre des pièges rhétoriques à un énarque, des vrais-faux citoyens grandes gueules posés-là un peu exprès, parfois même légèrement condescendants. Je nous ai tous trouvés bien moyens. Je nous ai trouvés en dessous, nettement, du défi qu’il faut relever pour espérer une lueur d’espoir au bout de cette obscurité, enferrés dans des stéréotypes grotesques malgré une situation dégradée.

Je n’ai pas ouvert mon calepin, je n’ai pas pu, pas su trouver le moment où aborder mes questions à travers des thèmes que je n’ai pas entendu posés par les autres, ni leurs réponses évoquées par le candidat, qui nous a beaucoup renvoyé à son programme de 1012 pages.

Je suis sortie, il pleuvait à torrents, je n’avais pas de parapluie, il était presque 21h et il faisait nuit d’encre. J’ai marché très très vite. En chemin, beaucoup de travaux, je ne savais pas où m’avancer pour traverser et un panneau sens interdit, barré du mot Paix. Je l’ai pris en photo et je me suis dit, un peu mélancolique, que ce n’était certainement pas pour demain.

La Forêt de quinconces

Dimanche matin, j’ai enfourché ma bicyclette malgré la fatigue et le mal de tête diffus causé par la coupe de champagne de trop de la veille. Il y avait ce film qu’il était absolument hors de question de manquer.

Un film intime, romantique, un objet d’art décroché d’une quelconque réalité. Une fantaisie, une fable, un rêve, une poésie en images et en sons qui m’a laissée séduite, charmée, envoûtée : La Forêt de quinconces.

Entendons-nous bien : la Forêt de quinconces mérite que l’on s’y perde, de se laisser tenter par la balade troublante qu’elle propose.

Une disposition en quinconce (du latin quincunx, par 5) est un arrangement de cinq unités, comme celui que l’on voit sur un  : quatre arrangés en carré, un au centre.

Par extension, une disposition en quinconce est une disposition répétitive d’éléments, ligne à ligne, où une ligne sur deux est en décalage de la moitié d’un élément par rapport à la ligne qui la précède ou qui la suit.  (merci Wikipedia).

Paul, le héros de la fable, erre au milieu des perspectives, ne sait plus ce qu’il fait, où il va, ce qu’il doit croire, ensorcelé par deux jeunes femmes dont les visages sont des palettes sans cesse changeantes, accroissant le trouble du personnage principal.

Rien n’est ordinaire dans la Forêt de quinconces, tout est merveilleux: de la scène centrale du film (à mes yeux), la rencontre de Paul et Camille depuis une rame de métro jusqu’aux planches d’un théâtre où ils se joignent à une troupe de danseurs pour ne former qu’un seul corps, à une conversation dans une cage d’escalier, d’un échange avec un sans-abri bien étrange à une bataille d’oreillers entre frère et soeur. C’est cela qui nous emporte dans l’univers du réalisateur : le réel se nimbe de merveilleux, le surnaturel est admis et tout se mélange sans fausse note. Grégoire Leprince-Ringuet nous emmène avec lui de l’autre côté du miroir, par la grâce de ses images habitées. De belles idées, une versification qui sert à merveille le propos et ajoute une musicalité bienvenue, des acteurs d’une justesse folle : le film prend et nous enveloppe. J’ai pleinement basculé dans son univers le temps de la séance, j’étais comme émerveillée par le tour d’un magicien.

La Forêt de quinconces est un très beau premier film, une démarche artistique d’une sincérité bienfaisante, parvenant à toucher droit au coeur les spectateurs. Un film que l’on regardera encore, avec un plaisir toujours renouvelé, à l’affût de ces détails que l’on aurait pu manquer, comme on relit de beaux poèmes d’amour.

En ce moment dans les bonnes salles.

J’ai lu la petite femelle

Hier soir, j’ai refermé la petite femelle, dernier ouvrage de Philippe Jaenada. Je suis encore émue et un peu triste.

J’ai lu ce livre à un rythme particulier, dévorant ses pages un jour, m’arrêtant à chaque phrase le suivant. Une fois, je l’ai oublié sur le caisson de mon bureau un vendredi soir, le drame. Souvent, il a pesé lourd dans mon sac et parfois je l’ai lu debout dans le métro alors qu’il pèse sept-cent pages.
Je n’avais pas envie de quitter Pauline même si l’issue était absolument inexorable (la fin du livre comme son destin tragique). Par-delà le temps, Philippe Jaenada a fait un cadeau précieux à cette femme originale, incomprise et mal aimée en lui offrant toute entière son empathie et son talent. Grâce à lui, j’ai fini par l’excuser d’avoir occis Félix. Je suis certaine que je ne suis pas la seule.
Je ne connaissais pas l’affaire Pauline Dubuisson. Pour moi, Pauline est née à travers le formidable travail de réhabilitation de Philippe Jaenada. Je ne l’ai pas découverte ensevelie sous l’opprobre de la meute cruelle (waouh ça fait dramatique comme tournure, mais franchement c’est bien de cela qu’il s’agit) mais à travers les yeux tendres et compréhensifs de l’auteur. Philippe Jaenada a voulu comprendre Pauline et nous  embarque avec lui.
Si, simple lectrice, j’ai eu du mal à conclure l’histoire, je me suis demandée comment l’auteur, l’enquêteur, le spécialiste ès-fouille méticuleuse de la vie de Pauline, chasseur de vérité, pourfendeur de conneries et de clichés, lui, a pu la quitter.
En fait, ce qu’il ressent lorsque cela s’arrête ressemble plus à du soulagement qu’à une peine de coeur. Malgré sans doute l’émotion intense,  ce fil tendu entre le passé et le présent, il s’est livré à un travail, à une somme monstrueuse de travail pour atteindre son but. C’est finalement plus simple d’en finir. C’est un ballon coincé à l’intérieur qui se dégonfle. Ouf, il respire.
Philippe Jaenada aime Pauline à sa façon, j’en suis certaine. A la fin, toute fraîche dans ma mémoire, il dit que malgré tout ce qu’il a appris à son propos, certaines choses lui échapperont à jamais, comme le son de sa voix. Moi, la voix de Pauline je l’imagine un peu rauque et grave.
Pauline, à travers lui,  est devenue dans ma tête une sorte de Katharine Hepburn. Katharine Hepburn a  écrit une lettre à Spencer Tracy des années après sa mort. Il y a des choses qui ne s’oublient jamais et méritent d’être dites, même si l’on sait qu’il est trop tard. Comme Philippe Jaenada l’a fait avec Pauline.

pauline andrée dubuisson
Pauline Andrée Dubuisson
Je lui dis merci pour elle mais aussi merci pour moi et les femmes dans mon genre. Je suis née forte, assez libre et parfois inconséquente. Je n’ai jamais payé cher le fait de n’en faire qu’à ma tête quand l’envie m’en a pris. J’ai toujours essayé d’être consciente de cette veine et qu’il n’y a pas si longtemps, ce n’aurait pas pu être si simple. Son ouvrage me l’a encore rappelé.
Cela va bien à Philippe Jaenada de s’intéresser aux autres. Il y a des années, je l’avais découvert dans le registre de l’auto-fiction avec le Chameau Sauvage puis Plage de Manacorra, 16h30, il m’avait séduite par son ton personnel, drôle, absurde et attachant. Il m’a conquise de nouveau :  Philippe Jaenada parle aussi très bien des autres, avec une distance respectueuse et suffisamment d’humour et de tendresse pour aider à faire passer les pires des pilules.