Humeur

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Aujourd’hui, au téléphone, quelqu’un m’a demandé :

– Alors, comment va la mère de famille ?

La question m’a laissée pantoise, provoquant profond à l’intérieur une espèce de révulsion capillaire. Pour être tout à fait juste et donner un peu de contexte à l’anecdote, je dois signaler que je n’ai pas d’affinité particulière avec celui qui prononça ces mots. Oui, c’est un homme. Pourquoi cette question a-t-elle provoqué mon courroux ?

Entendons-nous bien : j’aime mon fils entièrement, profondément, viscéralement et j’aime aussi le nouveau rôle aux responsabilités vertigineuses qu’involontairement il m’a fait endosser. Parent. Maman. Je ne veux pas accélérer le temps et profiter de maintenant mais au fond, là, dans le ventre, je sais que ça tremblera la première fois qu’il le prononcera. Maman.

Alors, qu’est-ce-qui me pose problème avec cette petite phrase a priori anodine ? Mère de famille, c’est affreux, c’est tout. Il aurait tout aussi bien pu demander « Comment va la ménagère de moins de cinquante ans ? ». L’effet sur moi aurait été similaire. Est-ce que je lui demande, mielleuse, comment, lui, il va monsieur la mari de machine, s’il est en forme, lui, le père de truc ? Non. A ceux qui pourraient penser que je m’enflamme trop vite, je veux seulement dire ce soir que résumer qui que ce soit à l’une de ses fonctions, aussi belle et passionnante soit-elle, est un tort. Nous sommes tous des mosaïques, tour à tour ami, amant, copain, compagnon, collègue, frère, soeur, à un moment, dans un décor, fort et puissant, à un autre fragile et sensible…

Cette façon réductrice de catégoriser les gens me paraît une façon bien pauvre de penser. Qu’en 2014, alors que je travaille à temps complet, que j’essaie de m’investir pleinement dans chaque compartiment de ma vie, où pour être heureuse j’ai besoin d’être passionnée, où la famille n’a plus une seule façon de se raconter, je n’accepte pas d’être ainsi réduite.

La prochaine fois, je vous raconterai la suite de la conversation, toute aussi gratinée. Ou bien simplement, je passerai à autre chose parce que ce genre de remarque n’en vaut pas trop la peine.

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Chéri, et si on jouait aux pauvres !

Ce week-end, je feuilletais une jolie revue regorgeant de belles images, de lieux rêvés, d’endroits dont je ne foulerai jamais le sol mais qu’importe, parfois le plaisir des yeux se suffit à lui-même.

Entre autres,  si vous vous mettez à lire entre les photos, vous apprendrez que Philippe Starck a une préférence pour les hôtels dotés d’un héliport sur le toit pour faciliter son arrivée et qu’il s’estime responsable de la bonne température de la cabine Première d’Air France (cet saint homme qui oeuvre avec ardeur au bien du plus grand nombre, c’est beau), qu’aller à Los Angeles du jeudi au lundi est la seule option valable en cas de week-end prolongé et que le gros gros « trend » du moment, quand on est riches, c’est d’aller jouer aux pauvres. Si, si, la légende de la photo est formelle.

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D’ailleurs, je vous fais remarquer qu’ils sont obsédés par les hélicos dans ce magazine, ils en parlent toutes les quatre pages !

Chers amis les pauvres, veuillez noter que vos prochaines vacances au camping de la Bourboule ne sont pas « beauf », ni même simples, non, elles sont au-then-ti-ques (repeat after me) ! Vous avez su adopter, sans même vous en apercevoir, ce que nombre de riches vous envient : une attitude « low profile ». Bravo. Réussir à se passer d’hélico (si,si), de marina bondée de yachts à la blancheur éclatante, de restaurants branchés avec leurs serveurs-mannequins… est une épreuve à laquelle beaucoup de nos copains les riches ne résisteraient pas.

Plus sérieusement, et sans jouer la Mère Bien-Pensance, je suis un peu choquée par cette légende. Que certains puissent profiter et s’offrir des séjours dans des lieux paradisiaques, qu’ils fassent florès et en tirent un bénéfice, cela ne me gêne pas. Que des magazines comme celui-ci leur parlent, non plus. Je ne milite pas pour le politiquement correct à tout crin. Mais tout de même, je dois admettre que je trouve qu’on tombe ici dans l’indécence.

Je suis, comme d’autres sans doute, fatiguée par la morosité ambiante, par cette crise interminable et par les tentatives désespérées, désespérantes ou ridicules des puissants de ce monde pour essayer de (nous faire croire qu’ils font tout pour) redresser la situation. Et j’en suis jusqu’ici pourtant préservée.

Il n’y a aucun second degré dans cette légende. Elle est là, posée, violente. Certains plaideront peut-être que les « pauvres » ne lisent pas ce magazine et ne seront en conséquence pas blesser par ces quelques mots. Mais tout de même, croire qu’authentique est synonyme de pauvre, c’est ne pas avoir la moindre idée de ce que c’est que d’être pauvre, non ? Et j’aimerais bien savoir quel est le seuil de pauvreté selon la rédaction de ce magazine.

Parce que, psssst, les gars, les vrais vrais vrais pauvres ne partent même pas en vacances.

La dernière phrase de cette légende était de trop, de mauvais goût.

Je réfléchis à lancer un concept « low cost » d’hôtel de luxe pour que les pauvres puissent un peu jouer aux riches ! Il n’y a pas de raison que cela ne fonctionne pas dans les deux sens, non ?

Je ne sais pas faire autrement que de raconter des histoires

A la dernière session de l'atelier d'écriture, j'étais passablement contrariée. Mon côté bon élève sans doute. Je m'en vais ici vous raconter pourquoi.

Le premier exercice consistait à pratiquer l'écriture objective.

Nous avions à choisir parmi une sélection de photos de Weegee.  J'avais un peu peur : pour avoir visité l'exposition parisienne il y a deux ou trois ans, je me souvenais d'images outrancières, très dures, violentes pour la plupart. Mais l'animatrice nous avait épargné les clichés les moins supportables. Mon choix se porta sur une scène prise dans un restaurant ou un cabaret, je ne sais pas, où apparaissaient plusieurs personnages tous en action.

J'écrivis pendant le temps imparti, essayant d'être la plus factuelle possible, de n'introduire aucun sentiment ou intention dans la description de mes personnages. Bon, peut-être mon intuition, j'évitais soigneusement de me relire pour une fois… Chacun lut son texte. Et je m'aperçus que j'étais à côté. Mon écriture n'était pas objective, détachée de toute impression. Sans m'en apercevoir, j'avais glissé çà et là des intentions, des émotions, des appréciations. J'avais même calé deux tournures interrogatives (mais sur le coup, je m'étais dit : s'interroger c'est faire preuve de neutralité puisqu'on ne tranche pas…non ?).

Un joli camouflet que cet exercice. Je n'avais pas respecté la règle et en plus l'un des participants s'exclama quand je retournai la photo après lecture (nous avions chacun masquée notre chacune pour ne la découvir qu'à la fin) : "Ah bah je ne voyais pas ça du tout comme ça". Le deuxième effet kiss cool. Mon visage s'empourpra, ma voix s'étrangla dans ma gorge et je dus faire quelques gestes incohérents. Vous l'aurez compris, j'avais mal pris de me planter dans les grandes largeurs. Un peu plus tard, je me livrai à l'un de mes comparses : "Ca m'a énervée… – Oui, ça s'est vu", eut-il l'outrecuidance (ou la sincérité ?) de me répondre.

J'étais contrariée, très contrariée de ne pas avoir su respecter la consigne (aussi j'aurais dû opter pour une photo avec un ou deux personnages statiques, me disais-je), d'avoir manqué à mon devoir de bon élément (une vue de mon esprit malade), de m'être gâchée par cette sorte d'échec l'un des  moments favoris de ma semaine.

Et puis, une fois que la vague d'insatisfaction qui m'avait aussi brutalement qu'intensément submergée s'apaisa, je finis par trouver qu'après tout tant pis, si je n'étais pas douée pour l'objectivité, si je ne savais que raconter des histoires bourrées d'impressions, si mes descriptions étaient teintées de l'émotion que je prêtais aux personnages. Et tant mieux, si ma plume s'affranchissait parfois des règles pour écrire simplement ce qu'une image ou un instant lui inspire. C'est un petit peu ma liberté d'écrire.

Les boules de Noël

 Dans le train du retour, il y avait une famille dont la mère portait un bonnet de Noël, de ceux que l'on trouve sur les marchés de saison. De prime abord, je la trouvais un peu ridicule et puis au fur et à mesure du trajet et des quelques oeillades que je jetais, elle devint attendrissante…Elle, son mari et leurs deux enfants étaient gais, revenaient sans doute d'un déjeuner de Noël avec leurs proches.

La célébration de Noël, même débarassée de toute dimension religieuse, est lourde d'attente. Un mois durant au moins l'on s'y prépare, les décorations, les cadeaux, papiers dorés et bolducs, le sapin et son débat : Nordman ou Epicéa, les chocolats, la ripaille appropriée : saint jacques, foie gras, huîtres, saumon, constituent un chemin par lequel on se voit tous ou presque obligé de passer. Et puis le fameux soir et/ou son lendemain arrivent. Dans chaque foyer, se dessine un Noël aux contours différents en fonction de la géométrie variable de la famille.

J'ai souvent mis beaucoup d'espoir dans cette fête, ai voulu y injecter la perfection que ce moment de soi-disante grâce voudrait imposer. Mais alors, c'était toujours raté, un grain de sable ou plutôt une aiguille de sapin venait enrayer le bon déroulé : l'engueulade pendant l'apéro, le cadeau qui ne plaît pas,  la conversation un peu lasse… Une seconde de vide et patatra, j'étais déçue par cette soirée tant attendue et cette communion familiale totalement imparfaite.

Le 25 décembre, je me dis toujours que c'est la dernière fois que je me laisse prendre par l'ambiance des fêtes, je me réjouis d'une seule et unique chose : qu'il reste 365 jours avant le prochain réveillon. J'ai les boules de Noël, en résumé.

Et puis j'oublie tout cela, les jours, les semaines et les mois passent et quand approche un nouveau Noël, j'espère au fond que cette fois… L'an prochain, je ferai peut-être l'acquisition d'un couvre-chef adapté, qui sait…