Un mois déjà

Il y a un mois, je passai une belle journée où se mêlèrent indistinctement l’émotion, la joie, le plaisir, le bonheur. Je m’attendrissais de l’union de deux amis; je pleure, comme tout le monde ou un peu davantage, pour les mariages. Je profitais de la journée qu’ils avaient préparé avec soin et beaucoup de coeur à leurs hôtes. Il faisait bon, ils étaient beaux, ils étaient heureux. Et moi pour eux.

Bien plus tard cette journée-là, encore euphorisée par l’énergie joyeuse et émouvante de leur union, je discutais avec des étrangers dans un jardin où l’on donnait une fête, en l’honneur de la fin de l’été. Un bonheur plus quotidien, moins unique certes mais chargé de bonnes ondes traversait l’assistance. La table du jardin débordait de tartes, de bouteilles, de paquets de bonbons, de boîtes à cookies qu’on

IMG_1654 distinguait mal dans l’obscurité. On entendait les voix fluettes des enfants qui ne dormaient pas encore derrière celles des adultes devisant gaiement de sujets graves, ou alors était-ce l’inverse. J’étais bien, c’était une magnifique journée, rien de moins. Je me sentais vivante, ancrée dans un présent festif et heureux, privilégiée d’être l’une des figurantes de ces bonheurs. A un moment dans la soirée, je me souviens m’être tournée vers le ciel, l’avoir admiré, clair, sans nuage. J’ai pris mon téléphone et saisi cette lune ardente, irréelle, au coeur de ce décor urbain. Sur l’instant, je n’ai trop su pourquoi, une envie de l’immortaliser sans doute, de la capturer pour la retenir pour toujours un peu. Le lundi suivant, j’ai appris pour Katy. Elle était partie ce fameux samedi. Je regarde ce cliché et je me remémore cette journée avec davantage d’émotion, forcément. Je mesure encore plus la chance d’avoir été si heureuse ce jour-là. Je pense à Katy et à ses proches. Je pense à ces amis qui nous recevaient ce soir-là et ont eu un bébé hier et à ceux qui fêtent aujourd’hui leur premier mois de mariage. Je leur dédie à tous ce modeste billet.

Publicités

Quelques mots

Une amie me disait l’autre jour ne pouvoir croire qu’il n’y a rien après, que ça n’a pas de sens. Je suis sceptique mais j’ai très envie de partager son avis. Cette semaine, encore davantage que d’habitude.

Voilà, tu es partie. Je n’arrive pas encore tout à fait à accepter cette idée. Tu peux trouver ça grossier de ma part, après tout je suis qui pour toi, t’es qui pour moi ? On ne s’est même jamais rencontré.

Le vie moderne, tu vois, c’est un peu plus compliqué que ça. En partie, la vie moderne, ce sont des toiles où l’on se (dé)peint a l’envi, des photos et des messages que l’on poste sur des réseaux. J’ai plein d’amis qui s’en foutent de ça, qui vivent très bien sans. Je les comprends mais en même temps, moi, je ne regrette pas d’y consacrer un peu de mon énergie et de mon temps.

Cette vie moderne m’a conduit à l’amour, à l’amitié aussi.

Va expliquer que la perte de quelqu’un que tu n’as jamais vu « en vrai » t’affecte tant… Tous ne comprendront pas. Je ne t’ai peut-être pas vue mais je t’ai connue, perçue, à travers nos échanges, nos messages, les petits bouts de toi que tu as bien voulu livrer ça et là pendant près de dix-huit mois.

Ta disparition me paraît si absurde, peut-être justement parce que je ne t’ai pas rencontré. Comment peux-tu ne plus être parmi nous alors que j’ai encore tes messages là, quelque part, au milieu de mes notifications et de mes courriels ? C’est à travers ces indices que pour moi tu existes.

Je ne suis pas la seule à avoir pensé que tu gagnerais parce que c’est ce visage là que tu nous as tant montré : celui du courage et de la ténacité. C’est ainsi que tu t’es livrée, le message que tu as fait passer de l’autre côté.

Je pense que nous, les gens qui parfois traînons trop sur Internet, sommes un peu de grands enfants. Nous nous racontons nos histoires sur Facebook, lançons nos petites perches sur Twitter, colorions le monde sur Instagram… Parfois, c’est plus sérieux mais souvent c’est bien léger… Du coup, tu vois, c’est con, on a tendance à croire qu’on est là pour toujours et que tout finit toujours bien. Avais-tu vraiment besoin de nous rappeler qu’en fait non, ce n’est pas le cas, qu’on n’est plus des gamins ?

Il y a tes commentaires sous certains de mes textes qui disent que tu aimerais un jour lire un ouvrage de moi. J’ai mal et j’ai honte tu sais parce que ça n’arrivera pas. C’est ma faute. J’ai perdu une lectrice de premier choix. C’est une belle claque que tu m’as fichue là. Tu m’as prouvée de la manière la plus douloureuse qui soit qu’on n’avait vraiment pas de temps à perdre. Putain, t’es dure.

Samedi, j’irai te dire officiellement au revoir. J’ai les larmes qui montent déjà, ça craint. J’aurais tellement voulu qu’on fasse autrement connaissance. Alors je m’accroche à l’idée que oui, peut-être qu’il y a quelque chose après et que d’une manière ou d’une autre, ton âme maintenant en paix, enfin déliée de toutes les souffrances terribles que ton corps a subies, nous verra ici bas. Que tu sauras que nos échanges ont compté pour moi. Combien j’ai admiré ta détermination, combien je te respecte. Comme je suis émue et que si, si, tout ça c’était bien pour de vrai.

EDIT : la volonté de Katy est que le combat continue, alors si vous le voulez, si vous le pouvez, donnez http://www.laurettefugain.org