La vie, mode d’emploi (épisode 1)

nadnad1Comment s’en sortir dans une soirée où l’on ne connaît personne (ou presque).

Il est minuit, voire un peu plus. Vous franchissez le seuil d’un appartement enfumé qui vous est étranger. Comme 99% des êtres qui peuplent le lieu. Toutefois, vous n’avez pas envie de partir. Vous avez suivi une vague connaissance et êtes fermement décidé à prendre un peu de bon temps.

D’abord, postez-vous à distance raisonnable du buffet.

Vous y ruez, même avec pour l’objectif pur de vous donner une contenance (quoi qu’il faille être bien naïf pour croire que manger des chips par poignées puisse vous nimber d’une aura fascinante) serait un faux pas terrible et vous cataloguerait d’office dans la catégorie détestable des pique-assiette.

Restez éloigné, donc, mais gardez le buffet dans votre champ de vision. La stratégie va consister à onduler à faible allure, si faible qu’à peine perceptible jusqu’à ce point névralgique. Car, oui, le buffet est l’un des quatre repères majeurs au cours d’une soirée (nous reviendrons bien entendu sur les trois autres un peu plus tard), un point cardinal sur la carte de la fête et le terrain le plus propice à engager une conversation, anodine certes (exemple : « ahhannn, y a plus qu’dla bière!! » susurre Cindy en enroulant une mèche de cheveux blonds autour de son index. « Non, répond Kévin, y a du panaché à la cuisine, suis-moi » et vous voyez où je veux en venir… la cuisine étant une autre intersection incontournable) mais néanmoins précieuse au bon déroulement de l’événement.

Vous avancez donc, frôlant des corps qui se désarticulent sur des rythmes barbares, je précise bien « sur » et non « en » rythme, puisque souvent l’alcool et d’autres substances que la décence ne me permet pas de nommer ici, ont dramatiquement modifié le comportement des jeunes fêtards. Il faut prendre garde à l’éventuelle galette que même la plus jolie fille de la soirée si elle est éméchée, eh oui, si, si, est en mesure de lâcher sur vos baskets neuves, surtout à partir d’une heure avancée. Il faut vraiment faire preuve de vigilance et éviter les éclaboussures d’alcool, ces pluies odorantes, collantes qui jaillissent de gobelets en plastique dont les propriétaires perdent au fur et à mesure la maîtrise. Ca y est, vous y êtes, vous pouvez être fier de vous.

Le risque cependant est qu’il soit trop tard et que le buffet ne se résume déjà plus qu’à un îlot déserté jonché de cadavres de paquets de chips (oui, encore elles) éventrés, de bouteilles de bière à moitié vides et de leurs capsules dans lesquelles la jeunesse impudente s’échine à écraser bien trop de mégots de cigarettes. Les signes sont là : vous avez raté l’heure du buffet. Car le buffet, oui, est l’un des rendez-vous incontournables dans une soirée, un passage obligatoire, « the place to be » comme disent nos amis outre-Manche. Seulement, comme toute chose dans la vie, cher enfant, il s’agit d’y arriver à point nommé, à la bonne heure. Ici, visiblement, vous avez manqué le train.

Par pitié, ne chouinez pas. Je vous propose de raccrocher les wagons et de passer maintenant à la cuisine.

Publicités

COUPEZ ! copiez… collez.

Ne vous êtes-vous jamais mordu les lèvres d'avoir trop vite parlé ? N'avez-vous jamais repassé en boucle une scène que vous aviez vécue ? Regretté un silence, une maladresse commise ? Voulu réécrire votre partition dans un dialogue commun ?

Je crois que cela nous arrive souvent de rembobiner, de replanter le décor et de refaire le film en exploitant le meilleur des possibilités après avoir lamentablement improvisé. Insatisfait des répliques qui n'ont pas fait mouche, des paroles que nous n'avons pas su ou pas pu prononcer, on revit la séquence.

Quelques fois, c'est important, souvent cela l'est moins. Mais la reconstitution a le mérite de tout embellir. En réécrivant l'histoire, en y logeant les bons mots, qu'ils soient de l'esprit ou du coeur, on espère secrètement et inconsciemment peut-être sauver la mise, prouver en secret à notre interlocuteur et surtout à nous-mêmes que nous aurions pu l'éblouir ou le convaincre.

Mais la copie, aussi brillante soit-elle, n'a aucune incidence sur le monde réél. L'autre, une fois la conclusion de l'échange arrivé, restera sur l'impression mitigée voire déçue qu'il a eu de votre prestation, ignorant à jamais que vous auriez pu être meilleur.

Revivre, redire offre une version de rattrapage consolatrice néanmoins et c'est peut-être pour cela, et en sachant pourtant qu'il est trop tard, que nous nous permettons une alternative avant de quitter la scène, avant de ranger cette anecdote supplémentaire au rayon des petits ratés ordinaires.