Le souffle

J’ai offert à une amie un livre que j’ai lu après et qui ne m’a pas emballé. J’ai été déçue peut-être surtout par le fait que j’avais fait un cadeau qui n’était pas à la hauteur de nos exigences de lectrices.

C’est à ce genre de réactions que je mesure vraiment comme j’aime lire, à quel point c’est important.

Cette semaine de vacances au pays du rien foutre m’a permis cela : avoir le temps de lire, de plonger profond entre les mots.

D’abord, j’ai dévoré ce qui me restait à lire de la Grâce des brigands de Véronique Ovaldé. Je découvrais l’auteur, j’étLa-grace-des-brigands-de-Veronique-Ovalde_visuel_article2ais sceptique (mon attitude un peu poseuse en général face aux écrivains nationaux), il faut dire que j’avais été très déçue par une autre Véronique O(lmi), les associations d’idées que voulez-vous… mais le titre un peu poétique m’avait convaincue de m’y risquer.

La Grâce des brigands est son dernier ouvrage en date. C’est une histoire de perdants magnifiques, un portrait de femme brossé en nuances et par petites touches, une écriture légère ou grave, toujours séduisante comme Maria-Christina, l’héroïne de ces pages.

une-fille-qui-danse-de-j-barnes-932993288_MLPuis j’ai enchaîné sur un inattendu : en arrivant et vidant mon sac de voyage, je retrouvai au fond, dans une espèce de poche cachée, Une fille, qui danse, un roman laissé là, acheté dans un Relay un jour de départ, dans une gare ou un aéroport je ne sais plus, acquis à cause de cette inquiétude stupide qui me saisit chaque fois que je pars, même peu de temps : aurai-je suffisamment de lecture ? Une fille, qui danse (dont le titre en VO est nettement meilleur et ne dit pas du tout la même chose : The sense of an ending, beaucoup plus british, non ?) m’attendait là.

De Julian Barnes, j’avais un beau souvenir de son Love, etc… Là aussi, j’ai pensé à un autre auteur, Philip Roth en l’occurrence… Le héros ici, dont je ne me souviens déjà plus du nom, est une sorte de Monsieur Tiède. Il se retourne sur un événement de sa jeunesse grâce à un héritage inattendu. Le temps écoulé apporte un éclairage neuf sur le passé et le récit est un arc entre les deux âges d’un même personnage, ses sentiments, sa vision. Une fille, qui danse montre avec justesse le poids de l’interprétation dans les événements de l’existence, qu’on soit jeunes ou un peu moins.

lechardonneretEt puis, enfin et toujours en cours, celui qu’il était fou d’emporter dans ses bagages, celui qui a composé 99% du poids de mon sac de plage : Le Chardonneret de Donna Tartt. Un pavé, une brique. Mais voilà, acheté peu de temps après sa sortie, chaudement recommandé par des gens de goût, j’en repoussais depuis trop longtemps la lecture. Il y avait eu le congé maternité et cette impression que c’était trop en demander à mes derniers neurones vaillants, puis la reprise du travail… Trop de semaines écoulées. C’était tellement mieux de le commencer en ayant un peu le temps, de se faire happer dans de bonnes dispositions, un peu plus confortablement installée que dans la rame d’un métro… Alors, peut-être n’était-ce pas le meilleur choix juste après les événements à Paris (le Chardonneret démarre par un attentat meurtrier) mais vite, la puissance et l’opulence de la narration offerte par l’auteur m’ont emportée. Donna Tartt a mis dix ans à écrire cet ouvrage… et je pense finalement que ce n’est pas tant que ça au vu de la somme monstrueuse de détails, de tiroirs dans l’histoire qu’elle fournit, faisant de la vie du jeune Theo Decker une épopée contemporaine. Je ne sais pas encore si j’adore mais je suis fascinée par l’objet créé. Je salue d’ailleurs le travail de traduction d’un tel Everest de mots.

Voilà, j’ai toujours peur d’écrire ce que je pense des livres, des critiques. Je crains de m’apercevoir que je n’ai pas compris, que ma vision est erronée. Mais ils m’ont fait tellement de bien que je leur dois bien cette fois la plus modeste forme d’hommage.

Au creux de l’oreille

Ce modeste blog a sa page Facebook, née d’une volonté ponctuelle de partager ce que je fais un peu davantage et avec les moyens du bord. A la faveur d’un commentaire sur cette même page, j’ai découvert que le feuilleton radiophonique du moment de France Culture n’est autre que l’adaptation radiophonique de Rien ne s’oppose à la nuit, de Delphine de Vigan, dont j’ai eu l’occasion de parler à plusieurs reprises ici.

J’aime la radio. Si j’avais été journaliste, c’est en radio que j’aurais préféré exercer. J’aime son côté chaud, intime et complice, sa proximité versus la télévision, boîte froide et artificielle, son ancrage dans le maintenant versus le papier parfois déjà froissé avant d’avoir été caressé…

Pourtant, je ne suis pas une habituée des fictions radiophoniques. J’imagine devoir dégager un temps immense pour me consacrer à une écoute complexe puisque justement, il n’y a d’autre repère dans le moment que l’oreille, c’est plus exigeant, cela demande davantage de concentration.

1370639455292Retrouver une oeuvre connue et aimée était sans doute le meilleur moyen de me glisser au coeur d’une fiction radiophonique, de me laisser emporter par les voix, les souffles, les respirations, la mise en sons d’un roman qui m’a tant émue, comme de nombreux autres lecteurs. C’est particulièrement réussi, prenant. Je suis touchée de redécouvrir les mots de Delphine de Vigan, je me délecte d’écouter par tranche de 24 minutes de nouveau l’histoire, triste et sensible, de la vie de Lucile Poirier.

Le bémol toutefois : l’appli de France Culture d’une certaine pauvreté technique et pratique… difficile dans ce cas de savourer un nouvel épisode dans le métro où la connexion au podcast saute tout le temps… Grrr.

Encore cinq épisodes à écouter et avant, si jamais ce n’est pas fait, cinq autres à rattraper par ici !

Bernadette a disparu, de Maria Semple

9782264060440FSJ’ai un peu honte d’avouer que cela faisait trop longtemps que je n’avais pas lu un livre. Je l’ai dit à haute voix tout à l’heure et je crois que ça m’a libérée. Depuis des mois, prise par une aventure aussi fatigante qu’incroyable, je n’arrivais plus à me concentrer. J’ingurgitais vite fait des textes épars, sur des revues qui me tombaient sous la main, sur des écrans petits et plus grands. C’était toujours rapide. Un peu décevant aussi mais, vraiment, je n’avais pas la force de beaucoup plus.

Et puis, j’ai voulu m’y remettre. Il fallait que ce soit léger, joyeux, une jolie bulle de savon, pour que je me laisse emporter aisément, comme quand on reprend le sport doucement après avoir arrêté longtemps. On court un peu puis davantage.

Bernadette a disparu. J’avais entendu ce titre et il m’avait accrochée. A la faveur d’un tour dans une librairie, je l’acquis. J’en arrive bientôt à la fin et quel plaisir ! Un roman étonnant qui démarre sans que l’on sache où l’auteur nous emmène. Puis, on prend goût à cet univers barré, aussi vrai que fantaisiste.

J’entends parler de féminisme avec le discours d’Emma Watson à l’Onu, #heforshe, mais Bernadette a disparu est un formidable ouvrage très riche sur la question des femmes aujourd’hui. Sous couvert de satyrisme mordant, Maria Semple nous interroge à plein de sujets… Bernadette et sa fille Bee sont des héroïnes foldingues, ultrasensibles, émouvantes.

Je pouvais difficilement trouver plus agréable pour me remettre à la lecture.

Où l’on parle 3 fois de guerre

Youpi, l'heure de la rentrée littéraire a sonné, j'ai repéré quelques lectures fraîches et intéressantes, arraché des pages de magazine, corné d'autres. J'oublierai certainement plus de la moitié des résumés parcourus avec intérêt mais, pour me connaître de mieux en mieux, il y en a bien un qui émergera et se retrouvera sur mon guéridon orange, ma table de chevet.

Mention spéciale tout de même au féminin Grazia, lu à faveur d'un trajet en TGV, qui est parvenu à trouver uniquement des auteurs jeunes, sexy et hipsters. Il fallait le faire, dégoter seulement des dandies ou it-girls des beaux quartiers. Le gras, quand on écrit, ça ne se fait pas et il faut savoir prendre la pose !

En ce dernier jour d'août et avant de tourner la page, filons la métaphore, de cet été 2011, rapide retour sur mes dernières lectures, où l'on parle 3 fois de guerre. Et de trois différentes. Mon enfant de Berlin, Anne Wiazemsky, A short history of tractors in Ukrainian, Monica Lewycka, Des hommes, Laurent Mauvignier.

Trois ouvrages extrêmement différents : Anne Wiazemsky raconte la rencontre de ses parents dans le Berlin de l'après-guerre avec beaucoup des correspondances régulières de sa mère. La guerre et ses séquelles ne sont que la toile de fond d'une histoire d'amour entre deux êtres passionnés. Monica Lewycka fait le chemin inverse, son livre est follement amusant, léger à première vue… à première vue seulement. Sous couvert de drôlerie, elle aborde la question de l'exil, de l'identité. Une très bonne surprise, oscillant entre humour et intelligente sensibilité. Enfin, Des Hommes, quelle claque. J'avais lu ici et là que Laurent Mauvignier figure parmi les meilleurs écrivains français actuels. Il raconte dans ce roman les destins de jeunes provinciaux propulsés, sans rien en connaître, en pleine Guerre d'Algérie, conflit auquel personne ne semble rien comprendre sans que cela n'empêche les pires atrocités d'être commises. Il y a des flash backs, des hommes arrivés à 60 ans usés qui regardent, meurtris à jamais, les jeunes ignorants qu'ils étaient face à l'horreur. C'est un ouvrage très difficile, certains passages sont presque insoutenables.

Après celui-ci, j'ai eu envie de plus léger, je commence donc l'année en compagnie d'Elisabeth Von Arnim qui dépeint un mois de la vie de dames anglaises en villégiature dans une propriété italienne…