La Campana

IMG_2567

Trois matins de suite, j’ai pris mon petit déjeuner là, debout, accoudée au comptoir de cette vieille et jolie boulangerie, la Campana, à Séville.

Cette photo est celle du premier matin. C’est vendredi, il est aux environs de neuf heures, il y a du monde, des gens qui vont peut-être travailler, faire des courses ou qui profitent simplement, peu de touristes. C’est toujours une victoire, quand on est soi-même touriste, que de se retrouver dans un endroit où justement il y en a peu.

Je trouve un petit côté Hopper à cet instant saisi, ces silhouettes tournées pleines du mystère de leurs quotidiens, en particulier la dame la plus petite, celle presque au centre, et on chapeau tout droit extrait d’un autre temps. Sa tête légèrement penchée, ses coudes appuyés, sa veste cintrée : ces détails font d’elle mon personnage préféré.

C’est le premier jour, celui de la découverte,  il s’agit d’être discret, observateur, prudent, de se fondre autant que faire se peut dans le joli décor, malgré l’appareil photo en bandoulière et le guide en français posé sur le bar. Je tente d’ailleurs sans réfléchir de le cacher, vainement.

IMG_2883 Le deuxième jour, on y va un peu plus confiant. Je bredouille avec plus d’aplomb que la veille quelques phrases en castillan. Le serveur n’est pas le même, il est bien plus gentil que celui du jour précédent.

C’est drôle de constater à quel point une fois qu’on a mis les pieds quelque part, on y fixe ses marques.

Je commande le même café serré, le même jus d’oranges pressées, je choisis une autre sorte de petit pain, histoire de varier.

Avant de partir, on demande au serveur de prendre la pose pour immortaliser sa dégaine. On ose, il est si aimable.

Au final, ce ne sera pas une photo réussie. Il y a son collègue que l’on devine trop derrière, lui, le sujet principal n’est pas bien au centre de la photo, le cadrage est moyen, il est un peu trop loin.

Mais qu’importe, ce n’est pas ce qui compte. Il y a quand même de la tendresse dans cette image et c’est la chose que je distingue le plus nettement quand je la regarde de nouveau.

Et le troisième matin alors ? Eh bien le troisième matin, je commande de nouveau le café serré, le jus d’oranges pressées. Pour la nourriture, j’opte pour le choix du premier jour, une petite brioche pas trop dense, un peu sucrée, que le serveur, avant de me l’apporter, coupe délicatement en deux, tartine d’un coup de couteau rapide d’un peu de margarine puis la fait griller quelques secondes sur le feu. Et là, en la dégustant, j’oublie tout bonnement de prendre une photo.