De l’inspiration

Parfois, je me relève la nuit pour noter rapidement une phrase, une suite de mots qui sonnent bien tandis qu’ils forment une boucle dans ma tête. J’ai peur de l’oubli, inéluctable. 

A d’autres moments, cela sort immédiatement : c’est un jaillissement, j’expulse ce qu’il y avait coincé là à l’intérieur, entre le coeur et la gorge, je le modèle pour lui donner une forme intéressante, parlante, moins intime aussi peut-être. 

Enfin, de temps en temps, rien ne vient, alors je cherche des idées parce que l’envie est plus forte que tout : je compulse des notes prises à propos de n’importe quoi, je regarde des images, celles postées sur mon fil Instagram, les articles aimés ici là ou ailleurs, j’écoute de la musique, celle que je connais bien et me renvoie vers la malle déjà chargée de mes souvenirs ou bien de l’inédit pour plonger dans des univers inconnus. J’essaie de faire avec tout cela le plus intéressant des collages.

Ce soir, je lis et relis cet extrait de Proust découvert dans un ouvrage récent et qui me laisse si songeuse, je scrute ma photo de cette plage catalane, celle de Calella de Parafrugell, le long de laquelle je me baladais au soleil, il y a à peine trois jours, je réécoute Maarten, un groupe rouennais dont Internet ne semble plus vraiment avoir entendu parler depuis 2006.

Je me dis que c’est bien dommage que Maarten n’ait pas continué à dérouler ses mélodies, que Proust avait une conscience aiguisée de l’humanité et je me demande qui sont ces gens figés alanguis là, profitant, à l’instant où je les capture, d’une pure forme de détente, être à la plage, quels sont leurs secrets, leurs petites hontes, les joies et les chagrins sur lesquels ils ont dû jeter un mouchoir, qui est cet homme en bas à droite de l’image, celui qui quitte la plage en se passant la main dans les cheveux avec désinvolture , s’il va rejoindre quelqu’un qui l’attend, s’il fuit nonchalamment, s’il va revenir plus tard, s’il en a envie ou pas.

Et puis, je découvre une jolie chanson…

Paris St Malo Cabourg Paris

Paris, ma jolie,

Quand je descends du train le dimanche soir et qu’une odeur de pisse affole mes narines, que je dévale les escaliers pour manquer tomber, à ses pieds, sur une pauvre petite souris crevée, quand à 20h35 l’entêtant parfum de la beuh se répand dans les couloirs de la Gare Saint Lazare, je suis un peu lasse, tu vois. Tu dois être vraiment spéciale pour que je t’aime encore malgré ça et le poids des années.

Depuis deux week-ends, le sable, le soleil et la mer me draguent avec ardeur. Cette fois-ci, ils se sont surpassés : à Cabourg, ils ont sorti leurs grands chevaux, lancés sur la plage au galop…

Pourquoi reviens-je toujouCabourgrs me réfugier auprès de toi ? Qu’est-ce-que tu as que le bord de mer n’offre pas ? S’il fait les vagues, toi tu bous.

Tu palpites, tu vibres et moi avec toi. Tu es le coeur d’où vont et viennent tant de liaisons, la terminaison de beaucoup de crises de nerfs…
En parlant de sable encore, toi qui n’en connais qu’en bac, je me rappelle ces cabanes un peu perdues, cachées, à Cape Cod, des résidences artistiques au milieu des dunes immenses. Je m’y suis imaginée y passer des jours entiers mais toujours comme des parenthèses, pour te quitter puis mieux te retrouver.

Tu vois, je ne suis jamais plus inspirée qu’à observer minutieusement la scène que tu offres aux théâtres de nos vies, multiples et trépidantes.

Ce soir, à la télé on parlait de toi et de ton ascendance royale. J’admirai ton architecture et je perçus devant les belles images l’immense privilège qu’elle soit un décor familier. Pourtant, je fus surtout émue par tes hommes, un en particulier, le monsieur très très poète qui, au jardin des Tuileries loue du vent à des enfants (2 euro les 20 minutes tout de même). C’est bien la seule personne sur Terre qui fait commerce du vent sans se moquer de personne le moins du monde.

J’ai les yeux qui ont cillé et je suis certaine pourtant de m’être débarrassée de tous les grains de sable.

Paris, je suis toujours là, tu vois, il me semble que ce n’est pas encore fini entre toi et moi.