Chez Septime

Le vin est servi dans de jolies carafes qui ressemblent à de grosses fioles de chimistes. Le breuvage dégusté est mystérieux, d'un joli jaune mordoré, et délicieux. L'atmosphère est douce, la lumière chaleureuse et intimiste. Des suspensions afffleurent au-dessus de nos têtes et diffusent leurs rayons tamisés, entourant d'un doux halo des conversations qui ne peuvent qu'être agréables dans un tel écrin. De gros bouquets d'hortensias ornent les tables et parfument l'air où flottent les voix paisibles en harmonie avec le tintement calme des couverts. La décoration est sobre et soignée. Elégante.

Le personnel est jeune, dynamique, présent mais discret. J'ai d'ailleurs plaisanté avec l'un d'eux en arrivant et s'il n'avait vraiment rien à voir avec le De Funès du Grand Restaurant, il n'était pas dénué d'humour. Il s'affairent dans un harmonieux balai, sobrement vêtus de grands tabliers blanc cassé, noué autour de leurs tailles minces.

Je suis assise avec mes amis sur une table d'hôte en bois brut et je préside en bout. C'est une soirée qui  ressemble à un clap de fin mais j'ai décidé de la savourer sans la teinter de la saveur spéciale d'une dernière fois. De faire comme si je ne savais pas qu'il s'agissait d'un final. Pour en profiter sereinement, sans gravité. De toute façon, l'émotion viendra un peu plus tard, je le sais, je n'ai pas envie qu'elle m'embarasse maintenant, alors j'arrête le temps et je savoure autant le contenu de l'assiette que les caractères de mes compagnons. Leurs préoccupations rappellent parfois qu'ils quitteront deux jours plus tard l'Hexagone mais si je les écoute avec attention, j'éteinds à l'intérieur tous les voyants qui me signalent la peine que pourra me procurer leur absence.

Je savoure les mets raffinés que l'on nous présente précisément, parce que déguster est ici une affaire importante, et qui se succèdent à un rythme impeccable, chacun de mes sens entièrement tournés vers cette soirée. Une bien belle soirée.

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Et maintenant, que vais-je écrire?

Se retrouver face à son écran d'ordinateur, compulser les données mises à jour de divers sites internet, lire en diagonale des titres, des rubriques, revenir sur sa page Vox et se demander ce qui va bien pouvoir sortir de ce voyage sur la toile…

Je déambulais tout à l'heure entre les rayons d'un libraire, à la recherche de ma prochaine gourmandise littéraire, lisant en diagonale toujours les résumés des dernières de couverture. Finalement, me disais-je alors, tant d'histoires se ressemblent…

Ce soir, en surfant, j'ai trouvé un article, dans les insolites de Courrier International, décrivant la dernière facétie des plus-que-nantis: le restaurant accroché dans les airs, plus précisément une tablée suspendue au bout d'une grue à 50 mètres de hauteur. Nouvelle réflexion: qu'irait-on inventer pour pimenter nos traditions, bouleverser l'assommante routine consistant à –oh mon dieu quelle banalité affligeante– se rendre dans un restaurant tout ce qu'il y a de plus classique? Je me suis souvenue avoir vu à la télévision des images de ce concept: Dinner in the sky
Cela vaut-il vraiment la peine que les histoires ne se ressemblent pas? Est-il vraiment si important de jouer les funambules? Ces gens qui s'envoient proprement en l'air pour une cuisse de poulet se sentent-ils dès lors grisés?
Il y a déjà longtemps de cela, quelqu'un m'a dit que les histoires n'avaient pas besoin d'être incroyables ou tumultueuses pour être belles. Du haut de ma stupide jeunesse, j'avais complètement dédaigné ce point de vue. Depuis, j'ai revu mon opinion, enfin peut-être…
Je crois aujourd'hui que l'essentiel n'est pas de dîner sur la grue mais plutôt de savoir ce qu'il y a dans l'assiette et qui sont les convives.