Un mois déjà

Il y a un mois, je passai une belle journée où se mêlèrent indistinctement l’émotion, la joie, le plaisir, le bonheur. Je m’attendrissais de l’union de deux amis; je pleure, comme tout le monde ou un peu davantage, pour les mariages. Je profitais de la journée qu’ils avaient préparé avec soin et beaucoup de coeur à leurs hôtes. Il faisait bon, ils étaient beaux, ils étaient heureux. Et moi pour eux.

Bien plus tard cette journée-là, encore euphorisée par l’énergie joyeuse et émouvante de leur union, je discutais avec des étrangers dans un jardin où l’on donnait une fête, en l’honneur de la fin de l’été. Un bonheur plus quotidien, moins unique certes mais chargé de bonnes ondes traversait l’assistance. La table du jardin débordait de tartes, de bouteilles, de paquets de bonbons, de boîtes à cookies qu’on

IMG_1654 distinguait mal dans l’obscurité. On entendait les voix fluettes des enfants qui ne dormaient pas encore derrière celles des adultes devisant gaiement de sujets graves, ou alors était-ce l’inverse. J’étais bien, c’était une magnifique journée, rien de moins. Je me sentais vivante, ancrée dans un présent festif et heureux, privilégiée d’être l’une des figurantes de ces bonheurs. A un moment dans la soirée, je me souviens m’être tournée vers le ciel, l’avoir admiré, clair, sans nuage. J’ai pris mon téléphone et saisi cette lune ardente, irréelle, au coeur de ce décor urbain. Sur l’instant, je n’ai trop su pourquoi, une envie de l’immortaliser sans doute, de la capturer pour la retenir pour toujours un peu. Le lundi suivant, j’ai appris pour Katy. Elle était partie ce fameux samedi. Je regarde ce cliché et je me remémore cette journée avec davantage d’émotion, forcément. Je mesure encore plus la chance d’avoir été si heureuse ce jour-là. Je pense à Katy et à ses proches. Je pense à ces amis qui nous recevaient ce soir-là et ont eu un bébé hier et à ceux qui fêtent aujourd’hui leur premier mois de mariage. Je leur dédie à tous ce modeste billet.

Publicités

La vie, mode d’emploi (épisode 1)

nadnad1Comment s’en sortir dans une soirée où l’on ne connaît personne (ou presque).

Il est minuit, voire un peu plus. Vous franchissez le seuil d’un appartement enfumé qui vous est étranger. Comme 99% des êtres qui peuplent le lieu. Toutefois, vous n’avez pas envie de partir. Vous avez suivi une vague connaissance et êtes fermement décidé à prendre un peu de bon temps.

D’abord, postez-vous à distance raisonnable du buffet.

Vous y ruez, même avec pour l’objectif pur de vous donner une contenance (quoi qu’il faille être bien naïf pour croire que manger des chips par poignées puisse vous nimber d’une aura fascinante) serait un faux pas terrible et vous cataloguerait d’office dans la catégorie détestable des pique-assiette.

Restez éloigné, donc, mais gardez le buffet dans votre champ de vision. La stratégie va consister à onduler à faible allure, si faible qu’à peine perceptible jusqu’à ce point névralgique. Car, oui, le buffet est l’un des quatre repères majeurs au cours d’une soirée (nous reviendrons bien entendu sur les trois autres un peu plus tard), un point cardinal sur la carte de la fête et le terrain le plus propice à engager une conversation, anodine certes (exemple : « ahhannn, y a plus qu’dla bière!! » susurre Cindy en enroulant une mèche de cheveux blonds autour de son index. « Non, répond Kévin, y a du panaché à la cuisine, suis-moi » et vous voyez où je veux en venir… la cuisine étant une autre intersection incontournable) mais néanmoins précieuse au bon déroulement de l’événement.

Vous avancez donc, frôlant des corps qui se désarticulent sur des rythmes barbares, je précise bien « sur » et non « en » rythme, puisque souvent l’alcool et d’autres substances que la décence ne me permet pas de nommer ici, ont dramatiquement modifié le comportement des jeunes fêtards. Il faut prendre garde à l’éventuelle galette que même la plus jolie fille de la soirée si elle est éméchée, eh oui, si, si, est en mesure de lâcher sur vos baskets neuves, surtout à partir d’une heure avancée. Il faut vraiment faire preuve de vigilance et éviter les éclaboussures d’alcool, ces pluies odorantes, collantes qui jaillissent de gobelets en plastique dont les propriétaires perdent au fur et à mesure la maîtrise. Ca y est, vous y êtes, vous pouvez être fier de vous.

Le risque cependant est qu’il soit trop tard et que le buffet ne se résume déjà plus qu’à un îlot déserté jonché de cadavres de paquets de chips (oui, encore elles) éventrés, de bouteilles de bière à moitié vides et de leurs capsules dans lesquelles la jeunesse impudente s’échine à écraser bien trop de mégots de cigarettes. Les signes sont là : vous avez raté l’heure du buffet. Car le buffet, oui, est l’un des rendez-vous incontournables dans une soirée, un passage obligatoire, « the place to be » comme disent nos amis outre-Manche. Seulement, comme toute chose dans la vie, cher enfant, il s’agit d’y arriver à point nommé, à la bonne heure. Ici, visiblement, vous avez manqué le train.

Par pitié, ne chouinez pas. Je vous propose de raccrocher les wagons et de passer maintenant à la cuisine.

Chez Septime

Le vin est servi dans de jolies carafes qui ressemblent à de grosses fioles de chimistes. Le breuvage dégusté est mystérieux, d'un joli jaune mordoré, et délicieux. L'atmosphère est douce, la lumière chaleureuse et intimiste. Des suspensions afffleurent au-dessus de nos têtes et diffusent leurs rayons tamisés, entourant d'un doux halo des conversations qui ne peuvent qu'être agréables dans un tel écrin. De gros bouquets d'hortensias ornent les tables et parfument l'air où flottent les voix paisibles en harmonie avec le tintement calme des couverts. La décoration est sobre et soignée. Elégante.

Le personnel est jeune, dynamique, présent mais discret. J'ai d'ailleurs plaisanté avec l'un d'eux en arrivant et s'il n'avait vraiment rien à voir avec le De Funès du Grand Restaurant, il n'était pas dénué d'humour. Il s'affairent dans un harmonieux balai, sobrement vêtus de grands tabliers blanc cassé, noué autour de leurs tailles minces.

Je suis assise avec mes amis sur une table d'hôte en bois brut et je préside en bout. C'est une soirée qui  ressemble à un clap de fin mais j'ai décidé de la savourer sans la teinter de la saveur spéciale d'une dernière fois. De faire comme si je ne savais pas qu'il s'agissait d'un final. Pour en profiter sereinement, sans gravité. De toute façon, l'émotion viendra un peu plus tard, je le sais, je n'ai pas envie qu'elle m'embarasse maintenant, alors j'arrête le temps et je savoure autant le contenu de l'assiette que les caractères de mes compagnons. Leurs préoccupations rappellent parfois qu'ils quitteront deux jours plus tard l'Hexagone mais si je les écoute avec attention, j'éteinds à l'intérieur tous les voyants qui me signalent la peine que pourra me procurer leur absence.

Je savoure les mets raffinés que l'on nous présente précisément, parce que déguster est ici une affaire importante, et qui se succèdent à un rythme impeccable, chacun de mes sens entièrement tournés vers cette soirée. Une bien belle soirée.

Une soirée au Wanderlust

Hier soir, donc, j'ai transporté mon popotin jusqu'au temple éphémère de la branchitude parisienne qu'est le Wanderlust. C'est moi ou cette phrase sent le destop ?

Ephémère parce que certaines rumeurs prétendent que le lieu aura dû mal à survivre une fois l'hiver venu (ce qui n'est pas sans rappeler le funeste sort d'une fameuse cigale) mais aussi parce qu'en capitale, un endroit à la mode en chasse un autre, à la cadence des saisons.

C'était soirée "Eté Marmont" du nom du célèbre Château (qui est en fait un hôtel, faut suivre) à LA. Mais pas de rosé californien à la carte (d'ailleurs, il n'y en a pas de carte voyons). Le lieu était bondé, le Minuty coulait à flot dans des petits verres en plastique (à pied, attends, c'est classe) et au prix de la bouteille, l'équipe offrait tout de même généreusement quelques glaçons.

Il fallait faire la queue pour entrer mais c'était plus un genre que se donnait le lieu : file serpentant le long de barrières de sécurité, grands et gros vigiles à oreillettes, ça montre tout de suite qu'on ne va pas pénétrer n'importe où. Mais l'attente n'était qu'une formalité et laissait quelques instants précieux pour observer les visiteurs.

En cette seconde quinzaine d'août, le lieu regorgeait de parisiens tout bronzés et fiers de l'être. Les filles, de 18 à 40 ans, arboraient des shorts d'où émergeaient leurs brunes gambettes. Les plus jeunes regardaient d'un air vaguement triste les deux trois cachets d'aspirine égarées là, tandis que les plus vieilles ne voyaient rien, aveuglées par le plaisir sans borne de porter un mini-short parce que "merde, après tout, même à mon âge, j'ai le droit, c'est encore un peu les vacances".

Je me souviens avoir entendu quelques phrases stupides comme on en dit tous dans ces moments-là et m'être fait la réflexion que dans ce troupeau de branchés, je n'arrivais plus à déceler les gens jolis de ceux qui le sont moins. L'uniforme de la hype semble lisser les traits, effacer les boursouflures et aspirer l'unicité pour faire de tous ces êtres rassemblés un grand tout.

Bref, je me serais crue revenue dans la cour du lycée, au milieu d'une compacte tribu. Peut-être parce que je ne suis encore que depuis quelques jours à Paris.