La transition

J’ai l’impression de naviguer à vue. Le matin, je passe le badge, marqué de mon nom et mon visage en photo, sur la borne, le portique s’ouvre et je monte dans l’ascenseur pour me laisser transporter jusqu’au sixième étage.

J’avance à pas feutrés dans le couloir aux teintes douces. Il y a sur le mur une citation de Martin Luther King :  » tout le monde peut être important car tout le monde peut servir à quelque chose ».

Je m’installe à la place qui m’a été attribuée, j’allume mon petit ordinateur portable, je bois un café dans un mug siglé du logo de l’entreprise et j’ouvre ma boîte mails, effectuant toute une série de gestes banals et encore neufs.

La journée s’écoule au rythme des micro-événements de ma nouvelle vie professionnelle : une personne que l’on me présente (un nom, un visage et une fonction à retenir), un sujet abordé, un premier échange (signant une première impression), une conversation à laquelle je participe, un message ou un appel. Petit à petit, les couches se superposent et forment la base de cette autre expérience comme autant de moments apparemment insignifiants et primordiaux en même temps.

Je n’arrive pas encore  à imaginer le jour possible où tout ce contexte, ces gens, avec leurs petites habitudes, me seront devenus si familiers qu’ils ne m’étonneront plus, où je les aurai connus sous différents jours et où je maîtriserai les mécanismes de l’ensemble de leurs interactions. Pourtant, il viendra, sûrement.

En attendant, je tâtonne : souriante, observatrice, dynamique, ouverte, curieuse, motivée, enthousiaste, à l’écoute, disponible… Je suis la meilleure somme d’adjectifs possible.  Je m’implique, m’applique à convaincre ce nouvel entourage.

Lorsque je franchis le seuil de l’entreprise, le soir, je ne vois plus l’Arc de Triomphe et les touristes sur les Champs-Elysées, maintenant le café est gratuit, mon boss était un garçon désormais c’est une fille. Mon quotidien a changé et je suis en pleine acclimatation.

Bref, j’ai un nouveau job.

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