Vacances en différé – assortiment étrange

Je m'en veux un peu déjà de ce que je vais écrire dans ce billet puisque je vais commencer le récit de mon voyage par un aspect qui m'a dérangé et qui n'est sans doute pas représentatif du pays que j'ai parcouru cet été : la Thaïlande.

A Ko Samet, petite île à deux heures de route de Bangkok, dernier point de chute de mon périple avant le retour vers la capitale bouillonnante, j'ai croisé, plus qu'ailleurs, un nombre important de couples mixtes, selon le modèle suivant : homme occidental – femme thaï.

Schéma qui avait le don de me rendre un peu mal à l'aise même si je ne peux croire que chaque couple croisé n'existe qu'à travers des liens matériels.

Il y eut pourtant des duos sur lesquels le doute n'était pas permis. Quelques exemples ?

– Ce quinqua dégarni, certes encore pas trop mal de sa personne, dégingandé, mince, accompagné d'une jeune femme de 25 ans au physique de liane, partageant un petit-déjeuner. Commandant quasiment tout le menu, lui pour montrer l'étendue de sa largesse, elle picorant, pour goûter, profiter, jouer à l'enfant gâtée. Elle lui apprenait quelques mots en thaï qu'il s'évertuait de répéter, s'accrochant à la phonétique. La serveuse leur apportait des assiettes : céréales, pancakes… et lui glissait quelques mots. Les deux femmes lui rendaient des rictus plus proches de la grimace que du sourire, pauvre monnaie d'échange.

– Deux copains, presque des sosies, la petite trentaine bedonnante et le caleçon de bain super long, toujours fourrés ensemble avec à leurs côtés deux jeunes femmes : l'une très discrète, quasi-muette, se fondant dans le décor, entre grains de sables blanc et branches de palétuviers roses, l'autre, pimpante, excitée, riante, son opposé. Elle promenait son corps  de femme-enfant dans de jolis bikinis et semblait avoir pris goût à la compagnie de son galant.

C'est à Chumphon (Chumporn d'ailleurs, selon les traductions) que l'un de ses duos mal assortis m'avait pour la première fois sauté aux yeux et gêné. Je passais la nuit près de l'embacardère qui m'emmènerait vers les îles. A côté de mon bungalow, sa réplique abritait ce couple bizarre. Une douzaine de cadavres de bouteilles de bière grand format jonchait le plancher de la petite terrasse. Lui, déjà vieux, la peau du ventre hyper gonflée et tendue, affûblé d'une démarche boîteuse… Le genre de vieux type que j'imagine en Père Noël bourré, le costume un peu sale, cachetonnant sur les trottoirs d'une quelconque mégalopole occidentale. Elle n'avait rien de la créature de rêve. Leur lien n'en paraissait pas moins trouble, ils traînaient tous les deux comme des âmes égarées, tandem collé sans grande conviction, hormi celle d'un arrangement qui aurait pu valoir n'importe quel autre.

Pourquoi tant de couples sur ce schéma ? Comment se rencontrent-ils et se forment-ils ? Quelles sont les bases et les motifs de leur lien ? Sont-ils francs ou bien tacites ? Que se passe-t-il quand sonne l'heure de la fin des vacances ? Pour quelles raisons ses hommes vont-ils vers ces femmes ? Est-ce que ces femmes espèrent autre chose que de belles vacances contre leur compagnie et quelques corps à corps moites ?

Pourtant, je m'en voudrais de ne faire passer ces histoires que pour du sordide puisqu'il y a bien sûr ceux qui s'aiment sincèrement, sans mauvaise foi ou raison matérielle. Dans le minuscule bateau qui m'emportait vers Ko Samet, il y avait une famille, comme placé sur mon chemin pour me dire de ne pas voir le mal partout. Le fruit le plus concret de leur relation était assis face à moi et balançait ses petites jambes mates au dessus de la banquette, le reste de son corps collé contre celui de sa mère. Le père était un homme moyen : taille et visage moyens, allure bas de gamme : casquette publicitaire usée, t-shirt moche sur pantacourt bariolé, épaisses chaussettes de sport dans des sandales à scratch. Un terrien peu à l'aise en mer : ses mâchoires se serraient à chaque à-coup de l'embacartion contre les vagues. Elle parlait aussi bien français que thaï, navigant entre les deux langues sans cesse pour dire un mot au mauvais pilote ou à son enfant. A leur enfant qui semblait avoir pris en lui le meilleur de ses origines métissées avec sa peau mate, sa chevelure de jais, ses traits délicatement dessinés par le mélange des deux cultures.

Un sentiment de malaise persista quand je croisais ces couples, sans que je sache bien pourquoi, flottant entre curiosité, gêne et conscience aïgue de la subjectivité de mon regard : qui suis-je moi pour avoir un avis ou juger de ces histoires-là ?

 

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Vacances en différé – 1 sur ?

A l'heure où je vous écris, rares lecteurs, la machine à laver tourne, je profite paresseusement des heures de vacances – les heures vacantes, en effet – qu'il me reste et je jette un oeil à mes marques de bronzage en étant déjà un peu triste de savoir que bientôt elles s'effaceront, comme s'estompera aussi le puissant parfum des congés.

Mais c'est ainsi et j'essaie de retenir à travers les mots, toutes les images emmagazinées, toutes les impressions, tous les sentiments. Enfin, toutes, tous… je m'enflamme… mais tout de même: l''été 2012 fut riche et je m'en voudrais de le laisser totalement filer directement dans la catégorie souvenirs.

Là-bas, loin, à 10 000 kilomètres, j'ai noirci bien des pages que je vais essayer de restranscrire ici. Ce seront donc des notes en différé, extraites, adaptées  ou inspirées de mon Moleskine.

Un voyage, c'est une quantité infinie d'images puisque par essence il appelle le mouvement et la rupture avec le quotidien. Mais avant les paysages et les visages, les rencontres, les déconvenues et les jolies surprises, il y a le déplacement. Ce sas qu'est le transport, surtout quand il emporte loin et consiste, en l'occurence, en un long trajet en avion.

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Des heures et des heures d'avion, surtout quand on a oublié son somnifère, sont la somme de plein de petits moments socialement étranges. C'est vrai, entassés, plongés dans l'obscurité, à picorer des plateaux composés de nourriture aux textures bizarres et aux goûts les plus neutres possibles, les yeux rivés, trop près, sur un  petit écran quadrillé, nous sommes dans un état second. C'est l'occasion de quelques séances de rattrapage  le moment idéal pour mater ces films qu'on a ratés et/ou qu'on aurait honte d'aller voir sur grand écran, par exemple.

A l'aller, je vis donc Radiostars, La délicatesse, l'Amour dure 3 ans.

Je passerai sur le premier qui, telle la nourriture de l'avion justement, ne m'a  laissé aucun goût particulier mais que je n'ai pas eu trop de mal à digérer non plus. Ca se regarde mais je pense que je ne suis pas du tout la cible. Petit "feel good movie" destiné à séduire surtout les 12-24 ans, ce n'est pas méchant et Clovis Cornillac prouve une fois de plus qu'il n'est pas un bon acteur (Manu Payet non plus d'ailleurs, mais à la différence du premier, je ne crois pas qu'il l'ait jamais prétendu…). A sa décharge, il n'y a pas grand chose à jouer. C'est léger comme un trou d'air et ça se regarde comme le visage d'une l'hôtesse de l'air.  On a envie de sortir le petit sac à vomi lors de la scène où le rappeur se tranforme en poetic lover folklo-folk dans un Mac do, mais sinon ça va.

La délicatesse… ah la délicatesse… Elle est bien présente tant et si bien qu'on a l'impression de regarder le film à distance à travers des jumelles de théâtre. Et puis ça sent trop fort l'adaptation de roman, jaurais presque aperçu en transparence les sauts de ligne et la pagination ! En visionnant ce film, je me suis dit tout du long "oui, le bouquin doit être pas mal, je comprends qu'il ait marché". Mais 1) je n'ai pas cru une seconde qu'Audrey Tautou et Pio Marmaï aient pu s'appeler Nathalie et François, c'est idiot peut-être mais ils ne sont pas des Nathalie et des François, avoir choisi la réplique physique frenchie d'Audrey Hepburn, à jamais Amélie Poulain dans l'imaginaire collectif et un beau gosse mal coiffé juste ce qu'il faut pour incarner une Nathalie et un François, je n'ai pas trouvé ça  bien trouvé. Alors si Pio était là pour faire contrepoids avec (le vrai…alors que dans le film, il s'appelle Markus, pour ceux qui suivent) François Damiens (le beau vs la bête pour grossir le trait), moui… mais bon.

Et puis l'Amour dure trois ans. Je ne l'ai pas lu mais un ou deux autres de Beigbeder. L'esprit des livres est respecté (d'ailleurs le film est réalisé par l'auteur, comme dans le cas de la Délicatesse), ne me manquait que la scène où le héros sniffe un rail de coke sur le capot d'une Aston Martin devant le Baron pour que ce soit parfait ! Gaspard Proust est un Marronnier-Beigbeder parfait, horripilant, snob et parisien juste comme il faut. Joey Starr est le super pote décalé idéal même s'il donne surtout l'impression d'être là pour la déco. Et Louise Bourgoin… Ah Louise Bourgoin ! Si j'avais aimé les femmes, j'aurais cherché à la séduire, rien de moins. Autant je ne l'aimais pas trop en Miss Météo, autant à l'écran, je la trouve belle, pleine d'énergie, bref, on l'aura compris, follement séduisante. Le récit comporte quelques trouvailles aussi charmantes que son héroïne comme la mise en images de l'attente d'un rendez-vous ou comment, dans une fébrile impatience, on imagine les choses selon différents scénarios qui auront pour point commun de ne jamais se produire exactement en vrai.

Bref, parmi ces 3 films, ces 3 bulles récréatives dont on n'attend pas plus dans ce genre de moment, coincé au coeur d'un appareil volant, que de nous faire passer le temps, ma préférence très nette est allé au dernier parce que j'y ai trouvé un peu de plaisir, un peu plus que dans le plateau repas.

La critique de films dans l'avion, ça ne peut pas devenir un vrai métier ??

La prochaine fois, je parlerai vraiment du voyage, ou bien avant des livres qui m'y ont accompagnés…