La Poudre (à mes oreilles)

La Poudre est un bien joli nom pour une émission. C’est celui du podcast de Lauren Bastide que j’ai commencé à écouter parce qu’elle recevait Juliette Armanet.

Juliette Armanet a écrit ce qui est pour moi, après une écoute intensive et appliquée de son premier album Petite Amie, le plus beau titre français du moment, une chanson d’amour élégante, sensuelle et raffinée : Alexandre…

Mais revenons-en à la Poudre. Après avoir entendu l’entretien de Juliette Armanet par Lauren Bastide et malgré les quelques fois où j’avais pu tiquer, j’ai décidé, à la faveur de mes longs trajets quotidiens, de poursuivre mon écoute.

Ce matin, c’était au tour d’Héléna Noguerra. Une figure publique iconoclaste. Une femme aux talents multiples. Une carrière riche et variée : auteure, actrice, chanteuse, mannequin, cinéaste…

Pourtant, ce numéro, je n’ai pu l’écouter jusqu’au bout. Ces portes ouvertes qu’on enfonce sous couvert de féminisme m’ont insupportée. J’ai trouvé ça lourdaud, poussif, caricatural. J’avais envie d’apprécier, je n’y suis pas arrivée.

J’ai tenu, tenu et puis à un moment, elles m’ont tout à fait perdue. Héléna évoque l(s)a beauté du Diable qui se flétrit et fait ce terrible constat : tout le monde est plus beau à vingt-cinq ans qu’à cinquante, hommes et femmes confondues. Claudia Cardinale comme Jean-Paul Belmondo. Vlan, prends ta leçon de féminisme, toi petit auditeur, petite auditrice. Merci. Je n’ai peut-être jamais été suffisamment belle pour avoir conscience de mon propre aspect défraîchi et finalement, quand je l’écoute, je me dis tant mieux. Les rides sont moins attractives qu’un ovale rebondi ? Merci. Je n’envisage pas la beauté comme un atout tamponné d’une date de péremption. Cette beauté-là ne m’intéresse pas. Je la nie peut-être parce que je ne l’ai jamais possédée, oui. Et si cela m’arrange d’éviter de trop penser aux marques que le temps laisse et laissera sur moi, je persiste et je signe, cette beauté, pour moi, n’est pas la vraie. Selon moi, la beauté est impalpable, elle n’existe que dans l’oeil de celui qui la regarde. La beauté est chimique. Là où je suis d’accord avec Héléna, c’est que toujours elle ne dure pas. J’ai aimé et je trouvais très beau. Je n’aimais plus, il n’avait plus d’intérêt. La beauté se niche dans un instant sublime, dans un regard que l’on porte ou qui s’échange. La beauté s’associe à un émoi, la beauté fait tressaillir, vibrer, trembler, remue quelque chose là, tapi au fond de soi. La beauté n’existe que si on le veut bien, si l’on a envie de se laisser emporter, d’aimer.

Il ne faut pas tout confondre. Oui, la beauté est un idéal esthétique. Oui, les diktats de la société font que personne n’échappe à la pression du plaire. Mais la beauté, la vraie, ça doit être plus que de cocher les cases d’une grille d’évaluation : peau de bébé, check, no cellulite, check, bouche pulpeuse, check, yeux en amande, check, jambes de 2 mètres, check. De La Poudre (aux yeux) mais certainement pas de la beauté. La beauté, c’est beaucoup plus que cela, tu ne penses pas ?

Je crois que je vais me trouver un nouveau podcast à écouter.

D’après une histoire…

J’attends beaucoup des gens que j’aime. Une fois gagnés ma tendresse, mon respect ou mon admiration, s’ouvre les portes de mon panthéon personnel et ainsi l’accès à un club hétéroclite que j’affectionne tant. J’accorde également une valeur inestimable aux moments de grâce ou de bonheur que je vis grâce à eux.

d'après une histoire vraie, Delphine de Vigan, 2015Aussi, j’attendais beaucoup du dernier roman de Delphine de Vigan. Comme tant d’autres lecteurs, j’avais été séduite par Rien ne s’oppose à la nuit, aspirée par le drame de Lucile, touchée en plein coeur par la souplesse de la plume de son auteur, sa justesse et sa sensibilité. J’avais dévoré ses pages avec passion et je gardais de cette lecture un souvenir très émouvant.

Je n’achetais pas le nouveau, par crainte que la rumeur soit fondée : c’était moins fort que le précédent. Je n’aime pas risquer de recouvrir les beaux souvenirs avec de plus récents, moins ardents.

Et puis je fêtais mes trente-quatre ans et on m’offrit D’après une histoire vraie.

Je lui tournais au tour quelques jours, avant de céder à l’appel de sa couverture noire au titre rouge, de ses photos d’une jeune femme jolie en noir en blanc, qui rappelaient habilement le précédent.

Je lus.

Dans la 3ème partie du livre intitulée Trahison, chère Delphine, chère éditrice et toute autre chère tierce personne ayant relu les épreuves de cet ouvrage, j’ai relevé une coquille. Page 373, l’auteur évoque une maison de plain-pied et huit pages plus tard, sur les lieux, il y a un étage.  J’ai relu plusieurs fois les deux passages mais je suis quasi sûre : il s’agit bel et bien d’une erreur.

Dans un livre basé sur la manipulation et le pouvoir de l’imagination, où le mécanisme subtil de l’écriture plonge le lecteur dans une grande confusion, cette imprécision me déçoit.

Toutefois, j’ai retrouvé ce que j’aime chez Delphine de Vigan, entre autre, cette façon de consigner les détails du quotidien avec une grande justesse, comme cette remarque sur nos petits-déjeuners dont le menu varie au fil des époques de nos vies (dans le livre, c’est mieux dit).

Parfois, j’ai trouvé qu’elle prenait trop son temps, je me suis dit à certaines moments que ce livre, elle l’avait plus écrit pour elle que pour ses lecteurs. Mais j’ai d’admiré comme elle se joue du vrai du faux, comme elle mêle les motifs, tisse les entrelacs, nous sème pour mieux nous rattraper, j’ai envié cette liberté et cette folie de dire et d’écrire.

Je me suis souvenue de cette rencontre il y a deux ans, où elle a posé sa signature sur l’ouvrage qui était le mien, j’ai revu sa silhouette longiligne, elle m’avait fait penser à un héron, élégante, un peu sauvage et gracile. Je l’ai redessinée entre les lignes de sa drôle d’auto-fiction.

Les questions que le roman pose sur la place du vrai dans l’écriture m’ont beaucoup interpelée. J’ai reconnu l’idée qu’à travers l’écriture, la vérité signifie peu de choses, souvent est-ce seulement la version interprétée à travers les filtres que l’auteur place sur les faits, je la partage. Les faits ne sont pas si intéressants pour l’écriture, c’est la manière dont ils sont vécus, perçus, reçus qui donne leur essence.

C’est ce qui nourrit mon appétit d’écrivant, c’est ce qui m’a fait me relever la nuit pour coucher ces quelques mots sur l’écran noir de ma nuit blanche.

Alors, chère Delphine de Vigan, L., cette alter-ego terrible et dévorant, existe-t-elle, se demandent-ils ? Peu m’importe en fait ! En revanche, cette maison, inventée, réelle, ou  ar une autre inspirée, est-elle à étage ou de plain-pied ? Ceci vous auriez dû une fois pour toute le décider, que ce soit vrai ou seulement imaginée. C’est là tout juste votre responsabilité d’auteur.

Malgré cette pointe de déception, comme un nouveau baiser qui n’aurait pas été aussi bon que le premier, j’éprouve toujours, je crois, ce pincement quand je lis Delphine de Vigan, cette envie, ce désir, cet appétit. Alors, pour cela merci.

Le jour d’après

Ce matin, en passant devant le vieux petit monsieur qui vend les journaux à Gare de Lyon, ça m’a serré le coeur de constater que son présentoir, contrairement aux autres jours à la même heure, était presque vide, dévalisé.

Ce matin, en ouvrant WordPress pour venir écrire ici quelques mots, de nouveau j’ai cillé en déroulant la liste des billets des autres blogs auxquels je suis abonnée : ils étaient tous Charlie…

Je n’ai pas la prétention de penser avoir quelque chose à ajouter à la somme de tout ce qui se dit. Comme vous, je suis encore sous le choc d’un événement abominable dont les répercussions m’effraient.

Nous n’oublierons pas.

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